Le Mercredi du poète au François
COPPEE
tous
les quatrième mercredis du mois à 15 heures
Animation : Monique
Acquaviva-Jean-Paul Giraux-
Monique
W.Labidoire
La
présentation d'Elodia Turki annoncée sous le titre de " Trois
pays, trois cultures pour une poésie " a mis en évidence qu'un
seul territoire était nécessaire au poète concernant sa poésie qui
est bien le territoire du langage. Sans doute n'est-il pas vain
concernant Elodia Turki de parler une fois encore, pour un poète, de
racines, d'exil, de sol et de lieu.
Nous donnons ici de larges extraits de la présentation :
" Avec le titre d'un de ses recueils " Possibilités
intérieures ", voici bien posé l'esprit d'une écriture en
recherche d'une parole qui pourrait être cachée et qu'il faudrait
faire naître ou renaître. La quête, la transformation de la matière
poétique, l'intégration des acquis poétiques ou de l'expérience de
vie dans l'imaginaire, est une piste que nous pourrions découvrir, un
chemin éclairé et qui ne nous réserve pas trop d'embûches ni de
guet-apens. Nous avons affaire à une écriture qui parle sans masque.
" Le sol d'Elodia Turki est celui du poème sur lequel elle
construit, contemple et démolit ce qui vient de se créer. Tout poète
approche cette démarche.
" Elle nomadise dans un désert qui ne tient pas précisément du
mythe, il existe. Mais Elodia Turki nomadise aussi bien dans la ville où
les liens se nouent et se dénouent, où le fard et le masque sont
seconde peau.Le premier poème du recueil semble nous ouvrir cette
piste qui nous dit :
La conséquence est sans
mesure
De mémoire en mémoire
Le mot échoue
que de longues langues
caressent
Au commencement
Il y avait le oui
la soif
la faim
la plaque vierge
la culpabilité jamais pardonnée
de désirer encore
autre chose.
" Elodia semble nous dire qu'elle veut aller au plus juste.
Mais au plus juste d'autre chose. Que le mot, s'il a pouvoir de
sens, ne sera pas utilisé dans son poème comme faire-valoir. Au
commencement il n'y a pas que le Verbe, pour Elodia, mais aussi le désir
de comprendre les différences, ses propres différences qu'elle ressent
profondément, elle veut comprendre l'autre chose et l'ailleurs et sait
déjà qu'ils ne pourront se révéler que par le poème.
" Cette soif, cette faim, cette blancheur qu'elle va pouvoir
noircir de signes, Elodia les revendique ; elle a le désir d'utiliser
" une plaque vierge " sur laquelle elle inscrira ses propres désirs
et ses valeurs même et surtout si elles sont " autre chose ".
Elle appelle à une parole qui pourrait rassembler.
" Elle nous parle de "Tutoiement de la distance"
et nous fait rêver avec ce vers de quelque lieu idéal où les êtres,
les choses et les éléments auraient une même identité dans le
sensible et converseraient entre eux, un espace où la nature cesserait
d'être indifférente.
" Il y a toujours chez Elodia Turki
questionnement sur l'écriture et sur l'existence du poème. En cela
Elodia est de plein pied dans cette modernité qui ne conçoit plus guère
le poème sans s'interroger sur l'outil de l'écriture et sur l'usure
des mots:
" Mais il semblerait que la démarche ait commencé dans un espace
plus blanc, plus nu et que c'est peu à peu que le poème a pris
conscience de l'étendue de la mémoire et d'un lieu où le poème s'est
nourri d'un passé et d'un présent, surgissant de zones où peut-être
Elodia elle-même ne l'attendait pas.
" Le sol d'Elodia Turki est celui du poème sur lequel elle
construit, contemple et démolit ce qui vient de se créer. Tout poète
approche cette démarche.
" Toujours le poète tutoie la distance pour approcher au plus près,
au plus juste l'autre.
" Dans ces espaces "L'ombre de Dieu frissonne, car nous
sommes dans cette frange de l'inconnu et du mystère où une présence
peut être nommée et prendre forme de lumière et nous dit Elodia:
"
De la voix des Muses me parvint la lumière"
" Le poème a cette faculté extra-ordinaire de nous mettre
hors-champ et d'exalter cette possibilité intérieure dont nous
parlions tout à l'heure pour la transformer en étonnement, en amour de
l'autre, amour de la terre, amour du chant poétique et de la parole.
C'est par le poème que le poète comprendra le monde. Ce qui ne l'empêche
pas de douter encore : du poème, de l'amour, du partage, des autres et
aussi d'elle-même.
"
Dans L'Elle du doute son dernier recueil elle se veut
"Passeuse sentinelle". Passeuse elle l'est dans son travail
quotidien d'éditeur. Passeuse de poèmes, sentinelle qui garde la
Maison du poème sans a priori et sans sectarisme. Mais elle est aussi
passeuse de quelque chose de plus ténu, de plus gracile, il y a une légèreté
dans l'équilibre des signes et des blancs sur la page de son poème qui
nous enchante... "
" La Sentinelle, de fait, ne devrait pas douter. Elle doit obéir.
Elle doit tirer sur tout ce qui bouge! Tirer sur ses ailes. " Où
sont mes ailes " se demande Elodia. Car Elodia doute de
l'existence de son propre poème. Elle écrit :
Y'a-t-il un commencement ?
Une partie de moi poème
qu'un mal d'aimer balance
L'autre accueille et te rejette en vain
- une adresse éprouvante et glacée
que caresse le doute -
Au point zéro
j'ai détruit mon carnet de route
tout le long d'aucun chemin.
" L'inconnu c'est ce qui lui permet d'écrire ce très beau
vers, un alexandrin:
"poèmes en apnée dénoués
sous les langues"
qui mériterait une page blanche à lui tout seul.
" Elodia Turki avance donc avec le doute mais aussi avec cette
formidable liberté,-quasi génétique oserai-je dire puisque ne l'oublions
pas elle a été conçue dans l'amour de la liberté et la résistance
aux barbares - cette formidable liberté d'accueillir avec ferveur l'incertitude,
l'autrement et les différences. Mais avoir pour compagne de route la
liberté a un prix, nous le savons. Est-ce de ce prix dont Elodia parle
quand elle écrit :
"Passeuses
Sentinelles
dessaisies de nous-mêmes
dans la rencontre fuite du mot
où l'enfance du temps
invente un jeu pervers d'étranges
alternances
avec son propre éclat
Un vacarme infini
que le silence lisse"
Nous ne pouvons donner ici le texte de la présentation
entièrement mais ces larges extraits amorcent une piste de lecture intéressante.
Le débat qui a suivi a montré l'intérêt du public pour la poésie d'Elodia
Turki .Il a été question de passerelles possibles entre les cultures :
l'émotion poétique se manisfeste-t-elle différemment dans trois
cultures différentes ? Les poèmes sont-ils justement ces passerelles
qui nous font passer d'une émotion à un quelque chose d'encore inconnu
?.Le poème pour Elodia semble être à part entière un tissage tressé
au plus serré de ses intimes remuements. Tous ont été d'accord pour
saluer le belle écriture du poète, le sens aérien du questionnement
comme si, Elodia Turki parvenait à sculpter une mantière par
elle seule saisissable: la légéreté dans la densité. Chacun s'est
encore accordé pour souligner la chaleureuse présence du poète et le
cohérence de son écriture poétique avec son écriture de vie.
Derniers recueils d'Elodia Turki
parus à la LGR :
- L'Elle du doute
- Possibilités intérieures
- El Ghazal