L’attentat
Yasmina Kadhra

Juillard

par Tang Loaëc

 

Belle tentative littéraire pour faire vivre l’absurdité de ces violences où pourtant chacun combat pour des causes immenses, désespérées, vitales, tellement fortes que tous se croient légitimés à la guerre par une nécessité intérieure absolue. Le narrateur , un arabe d’origine bédouine mais devenu exemple d’intégration sociale réussie en Israël, chirurgien réputé d’un hôpital de Tel-Aviv, est lui même plongé brutalement dans cette apocalypse du non-sens. Sa propre tentative pour ignorer le conflit est réduite en lambeau lorsqu’au terme d’une nuit épuisante à opérer les victimes d’un nouvel attentat, le cadavre de sa propre femme lui est présenté pour authentification, portant les marques reconnaissables de son démembrement par la bombe qu’elle portait elle-même. Sous le choc, dans la dénégation, puis poussé par une fureur sourde, incontrôlée, il tente de recomposer une réalité qu’il n’avait pas soupçonné, celle de sa femme, celle de son pays lui-même qu’il a ignoré de toute sa force jusqu’à ce jour, seul moyen peut-être d’éviter de sombrer avec les autres dans les tourbillons de la haine.L’auteur, Yasmina Kadhra, beau nom féminin dont on sait à présent qu’il est le pseudonyme d’un homme, est un ancien officier de l’armée Algérienne à la retraite et vit à présent en France avec ses enfants et sa femme qui prêta ses deux prénoms à ce pseudonyme.
Les polémiques d’abord déclenchées par la révélation de cette supercherie sans tromperie s’éteignent, à mesure des livres, remplacées par la voix persistante de l’auteur et le regard humain, très humain, qu’il porte sur les vacarmes de ces mondes emplis de tueries. Il écrit la sarabande des meurtres en laissant s’exprimer toutes les voies, toutes les causes, tous les grand desseins qui les traversent et sembleraient parfois respectables s’ils ne menaient pas à tant de massacres. Les horreur n’en sont pas légitimées mais les hommes, grandis ou pas, en deviennent un peu plus déchiffrables.

 



Tang Loaëc