Charles Bukowski. Buck. Buck Buck Buck.

par nicolas saez

short order
I took my girlfriend to your last poetry reading,
she said.
yes, yes? I asked.
she's young and pretty, she said.
and? I asked.
she hated your
guts.
then she stretched out on the couch
and pulled off her
boots.
I don't have very good legs,
she said.
all right, I thought, I don't have very good
poetry; she doesn't have very good
legs.
scramble two.

Charles Bukowski (1920-1994)

Un type m’a dit de lui "c’est notre père à tous". Conneries ! - mais je me suis bien marré : c’est mon père à moi, Bukowski, avec ses jim beam, et ses histoires de cul. Avec Pulp, il a écrit l’oeuvre de sa mort ; il a trouvé son moineau rouge, et il a enfin pu tirer cette salope qu’est la mort. Escarpins rouges, petites culottes puantes, c’est tout ça l’univers de Buck, le puant, le médiocre, les champs de courses, le rêve américain comme il l’a vécu au réveil (hangover), en réalisant qu’on lui avait encore tiré son portefeuille.
Les bombes, il les entendait, ces bombes, s’abattre sur lui, comme toutes ces bombes qui ne sont jamais arrivées, là, qu’en rêves, seulement. Alors, il pensait à toutes ces gonzesses, plus connes que des potirons, qui lui disaient qu’il avait de belles guiboles, et il leur léchait les nichons. N’importe qui, n’importe comment, du moment qu’il y avait des seins à sucer et une bouteille à finir. Bukowski, c’est le vulgaire qui fait rire, le réel pathétique, morne et vile, d’un vieux bourré, qui subit la vie tout en s’en amusant, qui répond au téléphone sans savoir comment, qui buterait un mec pour un mot, et aimerait une fille par...
Buck, cher Buck, c’est le père de tous les ivrognes, qui arrêtent de boire chaque nuit, quand ils tombent, ivres, évanouis, coma éthylique, détruits, fatigués, dans une nuit bleue et comme sans rêve. Buck, c’est celui des poèmes minimalistes et des nouvelles imaginaires, réelles quoi, où il fait ce qu’il a fait, et ce qu’il aurait voulu faire, escarpins, reconnu, les seins tombant, et il se met à danser, en miniature, sur une radio pourrie.

Buck, il a lu Crime et Châtiment, et Céline, il vous le crie - lisez les bon sang ! Il s’y reconnaît, il espère que vous l’y verriez. Mais il boit, il boit pour oublier que ces idiots du Pulitzer ne lui ont pas décerner de prix, il écrit poèmes sur poèmes, il se fout de la gueule de Burroughs, grand comme ça =, qui copie le pop art, et qui pleure parce qu’il a vendu les droits du Festin Nu pour deux francs... Il écrit ses nouvelles aussi, le lendemain matin, encore ivre, il écrit, il a mal, il écrit un scénario, BarFly, il se bourre la gueule, les gens qui l’évitent, ça le fait marrer. Sacré Bukowski. Quand il prend un air sérieux, il a l’oeil qui se marre. T’es un mec bien, Buck. A ta santé, à ta santé, mon vieux !!!

nicolas saez

- L’alcool, c’est ta solution à tout, Buck ?
- Non, c’est ma solution à rien.

Charles Bukowski