L'été incite au vélo, aux balades, et pour ceux que la canicule ou les longues
distances effraient, il y a le livre de Paul Fournel. Après les Athlètes dans leur
tête, Bourse Goncourt de la Nouvelle en 1989, où l'auteur croquait le portrait de
sportifs imaginaires sous forme d'esquisses rapides et jubilatoires, Fournel récidive en
célébrant cette fois son sport d'élection: le cyclisme.
Fragments d'une autobiographie sur routes buissonnières - il y a dans cet ouvrage
délicieux quelque chose du Chemin faisant de Jacques Lacarrière -, hommage aux amis,
Jean-Loup Ezine, Jean-Noël Blanc, Louis Nucéra qui désormais "pédale dans le
bleu", défense et illustration du cyclisme malgré tous les procès pour dopage: ce
livre poétique et drôle est un constant plaisir de lecture. En courts chapitres
thématiques (Odeurs, Le grain des routes, Vent, Pensées de bidon), il évoque, les uns
après les autres, les différents aspects de l'être cycliste: les sensations de fatigue,
de douleur, de faim, mais surtout toute la gamme des plaisirs que le vélo seul permet de
goûter: la vitesse: "la selle vous porte, comme l'eau,
comme l'air; la selle, mais aussi le cadre, mais aussi le pneu, mais aussi l'air comprimé
dans le pneu qui vous donne des ailes", les odeurs, l'immersion dans le
paysage: "Contrairement à ce qui se passe lorsque je suis
en voiture, où le paysage se donne à voir et non pas à "être", à vélo, je
suis assis dedans", la solitude ou au contraire les liens du groupe:
"le plaisir du partage des jolies choses du vélo, les
choses vues, les choses senties, l'effort, la chaleur, (...) le bonheur de se tirer la
bourre comme des galopins".
Les souvenirs et les anecdotes que l'auteur égrène au hasard des chapitres ajoutent à
ce "manuel théorique et pratique du vélo" tout le charme du vécu,
des balades connues par coeur. Au travers des pages se dessine une France rurale et
montagnarde, celle des petites routes jaunes des cartes Michelin, celle de la forêt de
l'Izoard, des gorges du Verdon, des pentes de l'Alpe d'Huez et du mont Ventoux. Découvert
dés l'enfance aux côtés du père, le vélo révèle une manière d'être, une façon de
se connaître, une expérience du corps mais aussi de l'esprit: "Au moment où le rythme s'accélère, au moment où la pente devient
plus forte, au moment où la fatigue gagne, la pensée ne s'annule pas au profit des
"esprits animaux", elle se renforce au contraire et se diffuse dans le corps
tout entier, elle devient pensée de cuisse, intelligence de dos, malice de mollet",
une façon de vivre le passage du temps dans les fatigues du corps et les sensations que
restitue la mémoire. Comme chez Queneau ou Pérec, il y a chez Fournel une philosophie,
une tendresse grave cachée sous la fantaisie et le plaisir du style. Et ces chroniques
sportives, mais surtout amoureuses permettent à tous de partager le voyage.
Catherine Raucy |