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Michel Houellebecq ou lécriture de lHistoire Deuxième partie : Un camaïeu de désir dans un océan de misère affective Impressions de lecture de Frédéric Vignale (Fin décembre 1998) |
" La
parabole du désir remplissait nos mains de silence Michel HOUELLEBECQ |
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Les particules élémentaires, cest avant tout lhistoire impromptue, désarçonnante, humiliante, assourdissante du désir. Michel et Bruno sont tous deux esclaves du sexe, de lacte sexuel dans ce quil a de premier : le désir. Un désir tantôt avoué, inavoué, ou sublimé. Lun locculte et lautre le vit et en assume son côté sordide, malsain, quotidien, insignifiant. Le sexe chez Bruno est omniprésent, récurrent, affligeant. La quête sexuelle de Bruno est une tragédie grecque où la pitié alterne et côtoie le ridicule de sa situation. Michel, lui, nie le désir, le fuit, tente de minimiser son importance, son poids. La vie affective passe sur Michel, sans le toucher, son existence sensitive demeure plate et sans relief, sans phallus en érection, sans jubilation du corps son destin est ailleurs. Bruno quant à lui est en souffrance, en attente, sa vie ne peut être quun échec, une suite ininterrompue de fausses cartes, de maldonnes. Bruno est une petite mort comme sa fidèle complice, la masturbation qui en fait le résume le mieux. Bruno est un plaisir solitaire sans réel importance, une sorte dallégorie de linfertilité. Tout cela est vécu dans un monde désabusé où limagination, le talent de Houellebecq jubile et fait mouche. Lauteur jouit de son verbe, de sa faconde qui oscille toujours entre un style très littéraire, un langage scientifique ou un phrasé très contemporain sans jamais être trop à la mode. Juste ce quil faut, Houellebecq sait doser son effort, ménager ses effets. Son livre se lit sans déplaisir et puis, au coin du phrase, la réalité implacable du sociologue, de lartiste " de celui qui sent tout, avant tout le monde " éclate de manière grotesque, magistrale, évidente ou tendancieuse. Houellebecq est là où il faut, à laffût de la vérité, au carrefour du mensonge. Et parfois même il arrive quil la cueille cette vérité avec une justesse à la Bruckner, une poésie à la Le Clézio, une maîtrise à la Pennac, une simplicité à la Delerme. Houellebecq est tout cela avec son côté désabusé en plus, avec sa médiocrité charismatique dont il fait une force. Michel Houellebecq a trouvé le ton de son époque. Lefficacité du style Houellebecq impressionne dans son immédiateté, le réel est le plus fidèle ami de lauteur. On retrouve dans Les particules élémentaires une fille qui se prénomme Annabelle (tiens tiens comme dans Le sens du Combat,) , et bien sûr elle est belle, trop belle mais cela ne trouble pas plus que ça Michel. " seul un hasard morphogénétique inouï avait pu produire la déchirante pureté de son visage ". Mais, même la beauté extrême, le sublime narrive pas à sortir Michel de son mutisme sexuel, de son incapacité à prendre lautre, à le posséder. Jamais de fougue, toute lanimalité est dans Bruno. Michel et Bruno sont inégaux devant la masturbation ; Michel se masturbe peu alors que Bruno " dissipait son âge mur à la poursuite dincertaines Lolitas aux seins gonflés, aux fesses rondes, à la bouche accueillante. " Nul provocation dans cet étalage constant de la masturbation assumé ou non, la pratique accompagne le livre comme une musique lancinante. Pourtant, Michel et Bruno ont le même manque cruel ; lamour, lattention du père, baba cool attardé que Houellebecq démolie du début à la fin du livre comme son idéologie. Michel et Bruno se complète admirablement mais pourtant ils sont humains, ils ont une vie au delà de la caricature. Que se cache-t-il derrière tout cela sinon un tableau saisissant de la misère affective ? Misère affective qui est partout, sous toutes les formes. Le bonheur, quête ultime de la mère de Michel et Bruno, est vain comme son idéologie, Houellebecq ne fait pas le procès de la gauche dans son livre, il lance des pistes, fait naître la contradiction, utilise le second degré. Les héros de Houellebecq traversent un siècle tourmenté. Houellebecq juge son siècle, le traverse sans complaisance, avec cynisme, on lui pardonne son talent de psychologue le rend au dessus de tout soupçon. Des dizaines dhistoires simbriquent dans les " particules élémentaires ", ce livre est un microcosme, un Titanic terrestre où se vivent les drames de notre siècle et Houellebecq est tout sauf un fasciste, cest bien au contraire un hypersensible, altruiste qui sait, mieux que personne observer la nature humaine mais toujours au second degré. (A suivre ) |
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