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Michel Houellebecq ou lécriture de lHistoire Impressions de lecture de Frédéric Vignale (Fin décembre 1998) |
" Nous devons développer une attitude de non- résistance au monde " Michel HOUELLEBECQ |
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Michel Houellebecq intrigue autant que ses livres, il dérange, énerve, saoule, il donne désormais matière à polémique, il est devenu le " bouc émissaire " de son propre succès. Michel Houellebecq en représentation, sur un plateau de télévision ou dans une émission de radio, oscille sans cesse entre suffisance et timidité du moins il nous le fait croire. Houellebecq devant un appareil photo est maigrelet et mal à laise, comme un savant dun autre siècle, un sorte dHibernatus sorti du quaternaire. A dire vrai, on narrive pas bien à cerner cet auteur-là. On tente de ne pas se laisser gagner par son cynisme et sa nonchalance tout en sachant bien au-dedans de nous-même que cest lui qui a raison, que cest lui qui détient la vérité dans ses fêlures et ses doutes. Jai rencontré cet " écrivain pas comme les autres " bien avant la houellebeqmania de ces derniers mois, vers deux heures du matin alors quil faisait partie de la défunte émission du Cercle de Minuit sur France Deux. Je dis défunte car ce nest plus vraiment pareil depuis le départ de Michel Field malgré les efforts des présentateurs qui sy sont succédés. Dans cette émission, - datant dau moins deux ans -, où le débat senlisait comme de coutume, à une heure avancée de la nuit, Michel Field donna la parole à un être apparemment aussi éteint que les autres, un homme au physique (très) moyen, le cheveu en bataille, un homme mal habillé traînant un défaut de prononciation insupportable, une voix monocorde et insignifiante. Puis tout-à-coup, après lavoir brièvement présenté, le présentateur demanda à cet être étrange de faire la lecture de son dernier recueil de poème Le sens du combat . Il ny eut plus un bruit sur le plateau, pendant la lecture tous furent estomaqués, un auteur avec un grand " A " était sur le plateau. Le lendemain, je lisais Le sens du combat . Mais revenons-en à ses écrits proprement dits ; Michel Houellebecq me semble avoir trouvé la panacée, lécriture miraculeuse qui colle à son époque, un savant mélange entre du " très littéraire " et du people de seconde zone. Lire du Houellebecq ce nest pas juger un auteur de droite ou de gauche, sarrêter à ses provocations en dessous de la ceinture. Houellebecq cest lécriture de son siècle, un sens inné de la psychologie, de la sociologie et surtout de lHistoire. Houellebecq cest tout le contraire dun facho, nen déplaise à Gérard Miller, cest un être à la recherche, (en quête), non pas dune légitimité personnelle ou idéologique, mais dune quête de lhumain en marche, à laffût dun mouvement tectonique, des mécanismes sociaux. Bien entendu, lauteur se laisse aller, dans ses ouvrages à quelques facilités, quelques audaces qui tombent à leau mais qui en ressortent aussitôt en cascade, dune manière orgasmique et jouissive, car la réalité est implacable. Houellebecq est vivant, dégoulinant de vivacité derrière lapathie de son langage, et la banalité de son physique. Houellebecq cest le triomphe de la nonchalance et de lamertume, une uvre bâtie sur la déconfiture et le désastre de cette fin de siècle, mais avec le génie en plus, rien à voir avec un Vincent Ravalec. Il y a du Cioran, en Houellebecq mais plus de proximité avec son époque. Lécriture de Houellebecq cest la profusion du désir en lutte perpétuelle contre un optimisme creux et sordide, cest ce quon aime et qui nous irrite. Mais son poil à gratter, son sens inné de la provocation sont constructifs car la mécanique est bien huilée, les idées senchaînent les unes aux autres, les puzzles sassemblent, on passe du Xanadu au monde réel et on réécrit soi-même lhistoire. Plus concrètement, parlons de son dernier roman, Les particules élémentaires publié chez Flammarion, exit le récit de deux demi-frères, Michel et Bruno ou de leurs deux parcours familiaux chaotiques avec comme seul point commun les affres du désir. En effet, le récit se suit sans déplaisir mais comme toute bonne uvre nest quun leurre, un prétexte grossier aux épanchements, au souffle houellebecquien. Lonanisme, la fellation, le voyeurisme, limpuissance sont omniprésents dans le livre comme ils le sont sur nos écrans de télévision, à peine plus condensés, il ny a en cela rien de choquant car le discours nest pas stérile, ni fascisant, ce nest que le constat dun échec, dun quiproquo gigantesque entre loffre et la demande ou encore pire un problème de communication. Les gens sont seuls, les uns à côté des autres sans jamais confronter leurs solitudes et par là-même léradiquer. Houellebecq a eu une idée géniale, son livre est un essai biologique, scientifique, rempli de définitions empruntées aux plus grands ouvrages du genre et qui se mêlent habilement aux faits, aux événements et au sordide des situations. On sent très bien que la Science avec un grand " S " fascine ce génie dune autre science quon nomme humaine. La trouvaille de Houellebecq est avant tout son ancrage dans le réel. |
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