Furasato

de Henri Faliu-Blanc
La Bartavelle (92 F.) 

présenté par Lucile Negel

Directrice des Editions de l'Agly


"Le mot "furusato" signifie en   japonais - en lecture idéographique sino-japonaise - le lieu du commencement (...) Lieu ancien, limpide, à la fois immuable et menacé, souvent détruit ou en ruines.
L'idéogramme évoque aussi irrésistiblement ce pèlerinage mental vers la source, cette remontée vers l’amont de lui-même que tout homme entreprend tôt ou tard. Lieu privilégié et précaire, paysage naïf et secret, nostalgie et remède à cette nostalgie, quête de soi à travers la rêverie vers ces  demeures perdues, ces "gîtes nocturnes" de l'enfance, le mot furusato dit tout cela à la fois, le montre plutôt, allégé des lourdeurs du discours...
Si "la nostalgie fabrique des lieux saints", comme nous le souffle Jankélévitch, le kanji, lui - l'idéogramme sino-japonais - nous les fait visiter, nous y mène par la main. Car le kanji  fait plus que signifier : il est le dessin, l'image même de la chose, stylisés certes, mais combien éloquents!”

Cet extrait de la préface dit assez la tonalité de ces poèmes, dédiés à la nostalgie. L’auteur, grand voyageur, s’est retrouvé à Tokyo où il vit - l’humble Tokyo familier “aux hameaux de douceur”. “C'est que la société japonaise, hiérarchisée et ritualisée à l'extrême, douce et implacable à la fois, a su instinctivement laisser du jeu à la rêverie, lui ménageant d'innombrables et minuscules  espaces où se faufiler pour mener le rêveur, à son insu souvent, vers ces clairières dont Tanizaki dresse amoureusement la carte dans son Eloge de l'ombre (superbe essai d'un grand écrivain, à conseiller à tous ceux qui souhaitent s'initier à l'âme japonaise - N.D.R.), humbles haltes de fraîcheur où reprendre souffle et "goûter la poignante mélancolie des choses : le cri des insectes, les chants d'oiseaux, les nuits de lune". Ce n’est donc pas un ouvrage sur le Japon, mais plutôt une rêverie à partir de la réalité japonaise, un vagabondage plein de charme, qui parfois flirte avec le fantastique, comme dans le “Yanaka Cemetery” initial, parfois prend une tournure plus classique, mais toujours de qualité.

                                   Lucile Négel