Mon oncle le jaguar

de Joao Guimaraes Rosa
Ed. 10/18, ( 60 F. ) 

présenté par Lucile Negel

Directrice des Editions de l'Agly

 

Après des décennies de silence, on commence enfin à redécouvrir ce Brésilien mort en 1967, probablement l’un des écrivains majeurs de ce siècle. Cette longue nouvelle publiée pour la première fois en 1961 a été écrite avant Diadorim, l’oeuvre majeure publiée en 1956. Comme Diadorim, c’est un monologue-dialogue où parle un seul protagoniste, un métis chasseur de jaguar, texte barbare où s’entremêlent interjections, onomatopées et harmonies imitatives, cris d’animaux, mots portugais et toupis. A l’opposé de la description, on vit le jaguar de l’intérieur, on l’observe et l’imite jusqu’à se changer, comme le chasseur, en jaguar, et c’est le langage qui incorpore “le moment magique de la métamorphose”, comme dans les Cantos d’Ezra Pound. Guimaraes Rosa, qui avait parcouru tout le Minas Gerais en recueillant toutes formes de parler non écrit, est ici allé le plus loin dans son travail de décomposition-recomposition du langage - retour à l’oralité primitive et primordiale par laquelle se transmettent les mythes. Opposé et pourtant parallèle à Diadorim - roman-fleuve de vengeance et d’amour, baroque, bouleversant, excessif, épique - ce petit livre est comme lui inoubliable. Traducteur Jacques Thiériot (le même que Diadorim, remarquable) 10/18, 25 F. Diadorim est publié également chez 10/18 (60 F). Le Seuil a publié précédemment (si discrètement qu’il ne s’en souvient pas lui-même...) son triptyque - Buriti, les Nuits du sertao et Miguilim - et plusieurs recueils de nouvelles dans des traductions parfois discutables. 

Lucile Negel