Nicolas Bouvier

L’usage du monde

Payot, 2001 - 10,40€

par Mary Telus

En juillet 1953 Nicolas Bouvier part en voyage avec son ami peintre Thierry Vernet pour apprendre, en observant les autres, « l’usage du monde ». Son récit de voyage est une chronique de pérégrinations heureuses et, malgré les moments de détresses, de maladies ou de découragements, sa vision du monde reste sereine. Ainsi dans l’histoire de l’auteur on retrouve des milliers d’histoires racontant des vies différentes, entremêlées de méditations sur la précarité de l’existence et le sens de la vie. Le tout est illustré par des croquis sobres et substantiels.

« La vertu d’un voyage, c’est de purger la vie avant de la garnir »

Son voyage a pour origine un sentiment de vide et un besoin de se construire lui-même. Sa quête initiatique de se construire passe par une étape d’effacement total, jusqu’à la perte de son intégrité.

Le départ et la nouvelle naissance commencent par la Yougoslavie communiste et l’auteur nous décrit ce coin du monde. La cohabitation de multiples ethnies provoque en lui un grand émerveillement. A cette époque, l’explosion de haine et les futurs génocides n’étaient pas encore prévisibles. En séjournant en Turquie, en Iran, en Afghanistan et en Palestine les héros restent fidèles à leurs philosophies qui consiste à rester discrets et effacés, tout en tentant de partager la vie des indigènes. Les jeunes héros s’intègrent à la vie, aux lois et aux coutumes de chaque pays.

La force du récit est placée non dans le refus mais dans l’acceptation. En dépit de son jeune âge, le héros n’essaye pas refaire la monde. Les gens dans le mode tel qu’il est perçu par Bouvier, ne négligent rien de ce qui peut les aider à vivre. Ceci malgré la triste réalité de la pauvreté, de la faim, du manque de justice et d‘espoir. Cette pleine acceptation de la vie et des règles rend la lecture envoûtante.

La « terre promise » de Bouvier, l’Inde, reste un mystère.

Il est évident que cette quête de vérité et de paix va subir le processus de l’éternel recommencement.

Les voyages, quand le nécessaire fait défaut, stimulent l’appétit de l’essentiel qui est le but ultime des pérégrinations de Bouvier.


 

Dernièrement parus : Œuvres complètes, Nicolas Bouvier : Gallimard, 2004 - 29,50€

 

Mary Telus