Alessandro Baricco

Cette histoire-là

roman

édition Gallimard 2007

traduction de l'italien : Françoise Brun


 

par Lucie Petit

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- Où tu l'emmènes ? avait demandé sa mère.
- Affaires d'hommes -, avait répondu Libero Parri,
après quoi Ultimo ne s'était plus posé de questions parce que si tu as cinq ans et que ton père t'emmène avec lui de cette manière-là, tu es content un point c'est tout. Alors il avait trottiné derrière lui jusqu'au carrefour de Rabello. Il l'avait fait sans savoir qu'une fois grand, il reverrait cette image sans cesse, précisément celle-ci : la silhouette massive de son père qui marchait à grands pas devant lui, sur fond de brouillard matinal, sans jamais se retourner, ni pour l'attendre ni pour vérifier s'il était toujours là. Dans cette sévérité, dans cette absence totale de doute, il y avait tout ce que son père lui avait appris de la manière d'être père : qui est de savoir marcher sans jamais se retourner. Marcher du pas long des adultes, sans pitié, mais un pas limpide et régulier, pour que ton fils puisse le comprendre et le suivre, malgré son pas d'enfant. Et le faire sans jamais se retourner, si tu en as la force : pour qu'il sache qu'il ne se perdra pas, et que marcher ensemble est un destin dont il ne faut jamais douter, puisqu'il est écrit dans la terre.
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si vous avez aimé les premiers livres d'Alessandro Baricco et ses personnages aux rêves incendiés, lisez celui-ci.
un peu inégal - j'ai de loin préféré les 160 premières pages et les protagonistes m'ont paru trop "détachés", comme les pièces d'un puzzle - mais lisez-le, ne serait ce que pour la magistrale description de la bataille de Caporetto en 1917, qui vit la défaite des Italiens par l'Autriche, mémorial à l'incohérence et l'absurdité.


Lucie Petit

http://www.chemindemots.be/