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Ce
livre m’avait étonné, d’abord par
ce qu’il dit, ensuite parce qu’il ne dit pas.
Ce
qu’il ne dit pas (et ne pouvait dire, car le Web2.0 est
apparu juste après, entraînant une inflation rich
média dans la communication (audio-vidéo). Ce
qui va poser un gigantesque souci d’investissements en
satellites et tuyaux..
Ce
fait prolonge ce que dit Emmanuel Todd qui pointe, lui, le déficit
en investissements industriels des US. Le prolongement que j’y
vois est que la Chine pourrait se retrouver dans la position
de « repreneur industriel » de l’Amérique..
Voici
le résumé du livre.
N’oublions
pas, pour commencer qu’Emmanuel Todd à ce sujet,
sous son titre un « essai sur la décomposition
du système américain ».
Il
avait déjà annoncé, rappelons-nous, sans
se tromper, l’effondrement de l’URSS 15 ans avant
la chute du mur de Berlin. En croisant deux courbes : celle
de la natalité et celle de l’instruction. Sa conviction
d’alors ? Lorsque plus de 95% de la population seraient
scolarisés et lorsque les femmes choisiraient de n’avoir
que deux enfants, l’URSS ferait voler en éclats
sa prison mentale et son mur de métal. Il a vu juste.
Raison de plus pour écouter sa prédiction de l’Amérique
à venir.
Voici
sa nouvelle thèse :
L’Amérique
accuse un fléchissement de productivité durable
(multiplicateur par 5 du déficit des échanges
extérieurs entre 1999 et 2001 - passé de 100 à
500 milliards de Dollar). Pour autant elle ne consent pas à
consommer moins. « Hyper puissance autonome en 1945, l’Amérique
est devenue pour l’économie mondiale, un demi-siècle
plus tard, une sorte de trou noir, absorbant marchandises et
capitaux qu’elle importe, mais incapable de fournir en
retour des biens équivalents. »
Comment
cette nation s’y prend-t-elle donc pour parvenir à
maintenir un niveau de vie qu’elle n’alimente pas
de ses œuvres ? En finançant son déclin,
pose Emmanuel Todd, par l’appel massif à des capitaux
spéculatifs flottants. Au passage on découvre
qu’en dix ans les « riches » ont multiplié
par cinq leur niveau de fortune.. Ce qui renforce leur besoin
de « placer » les excédents qu’ils
ne peuvent consommer. Ils voient – dit Olivier Todd –
en la Bourse américaine à la fois la sécurité
par les armes du pays le plus puissant du monde et l’audace
d’une culture conquérante : ils y vont donc et
misent. C’est fou ce que l’on s’amuse, dans
ce monde là, n’est-ce pas Jean Marie Messier ?
Même si pour finir ils perdent et perdront tous et tout
prophétise Emmanuel Todd qui voit dans leurs retentissantes
déconfitures (crash d’Enron) une manifestation
de quelque « justice immanente ». Il y aurait ainsi
un rééquilibrage vertueux au bout du malheur des
nantis venus à la soupe mystificatrice des Etats-Unis..
A
ce stade de l’exposé, la question que le lecteur
se pose est la suivante : « L’Amérique peut-elle
financer ad vitam son déficit par l’illusion de
revenus fracassants sans offrir de juteux retour sur investissement
? » Bien sur que non ! Alors ? Nous demandons son explication
à l’auteur. Elle ne tarde pas, aussi radicale qu’extraordinaire.
Et pourquoi pas vraie ? Les scandales type Enron « vaporisent
» les investissements des naïfs. Pfutt !.. Il n’y
avait rien au départ ; il n’y a rien à l’arrivée.
On a rêvé !
L’arnaque
a été masquée dix ans grâce au cachet
faisant foi d’audits financiers internationaux voleurs
tels Andersen. Aussi longtemps que les pigeons ne la suspectent
pas ils relancent la boule. Le mérite de l’hypothèse
est sa clarté.
Allons
plus loin :
Les
Etats-Unis n’auraient aujourd’hui comme retardateur
à leur désastre que de faire payer au monde développé
l’illusion qu’ils seraient les seuls capables de
le défendre contre un « axe du mal » en partie
fabriqué pour la cause, affirme Emmanuel Todd. Et d’évoquer
les « armes de destructions massives » imaginaires
qui justifièrent, aux yeux des américains au moins,
la seconde guerre du Golf. Nous caressions une belle idée,
il est vrai : sauver un peuple de son tyran, inventer la démocratie
au Moyen Orient, et sécuriser le pétrole dans
la foulée. Au moins jusqu’à ce que cette
triple belle idée se fracasse sur la révélation
de mensonges.
Perso
je croyais le scénario suivant : « La planète
a besoin de liberté et de pétrole pour se développer.
Or, l’Arabie Saoudite est dans le viseur de ses propres
intégristes Ses sources pétrolifères sont
donc menacées.. Si l’on ne sécurise pas
une zone de production démocratique (l’Irak), en
trois mois nous sommes tous morts.. Nous imaginons-nous vivre
90 jours sans auto pour le boulot, chauffage pour la maison,
ramassage scolaire pour les enfants ? Qui iraient où
d’ailleurs puisque leurs professeurs n’auraient
pas plus que nous, ni auto, ni chauffage, ni d’Hyper où
faire les courses qu’aucun camion ne livrerait et auxquels
aucun employé ne saurait se rendre, sinon à vélo..
Donc fin de civilisation parce que 90 jours sont le niveau de
réserve en carburant de nos Etats « développés
».. En 3 mois la totalité de ce que l’on
appelle « l’Occident civilisé » serait
alors en proie à une nouvelle ère glaciaire. »
Retour
aux grottes, aux silex, à la chasse aux ours un pieux
à la main, à l’anthropophagie, pourquoi
pas ? Lire un ouvrage étonnant : « l’histoire
barbare des français.. » Le dernier cas d’anthropophagie
condamné en France date, non pas de la guerre de cent
ans, mais de celle de 1914 !! Ils avaient faim, ils happèrent
des enfants..
Au
bout du compte..
Le
livre d’Emmanuel Todd fait référence à
Rome, à son expansion, puis à son déclin.
La culture est partout dans son essai, clair, utile à
la proposition qu’il expose. Livre « à charge
», cela n’échappera à personne, mais
instruit, bien écrit et argumenté en sorte que
l’on se demande si son auteur ne réédite
pas là son présage de l’effondrement de
l’Empire Soviétique 15 ans avant qu’il ne
se produise..
Note
persistante du livre : « L’accession à la
modernité mentale (scolarisation massive et deux enfants
par femme) s’accompagne d’explosions de violences
idéologiques. » dit-il. Donc des spasmes et des
cahots. Après quoi enfin la démocratie et la paix
? Oui, mais avec un bémol qui fait du bruit. Puisque
Emmanuel Todd observe que les démocraties Européennes
vieillissantes tournent à l’oligarchie par un surprenant
retour aux affaires d’Aristote. Ce philosophe n’avait-il
pas envisagé un tel glissement il y a vingt quatre siècles
?
Aristote
voyait la démocratie se pervertir en oligarchie (le règne
de quelques uns).
Jean
Sébastien Loygue
http://www.loygue.com
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