Musique de la Révolte Maudite
de Mathias Richard
Editions Caméras Animales
10,50 euros

Danse-Fiction
de Ly Thanh Tiên
Editions Caméras Animales
12 euros
par Régis Nivelle

Si pour l’année 2004 je ne devais retenir que deux livres, mon choix se porterait sur : Danse-Fiction de Ly Thanh Tiên, et Musique de la Révolte Maudite de Mathias Richard ; les deux œuvres étant publiées aux Editions Caméras Animales – 4 rue Victor Grossein, à Tours 37000-.

J’ai lu les textes de ces auteurs et me suis laisser pénétrer de leurs mécaniques ondulatoires.

Ni Poème, ni Roman, mais récit de deux expériences, leurs ouvrages sont ancrés à travers la musique et le cri, la danse et l’écriture, dans une gémellité politique/éthique qu’à mon sens, on ne peut éluder.

* Vous voyez comme je me place déjà dans la perspective d’une analyse subjective que personne par ailleurs ne réclame ! –

Mais bon, ici l’articulation paradigmatique subjectivité/objectivité est une charnière qu’on laissera à la rouille.

Dans l’acception de faire, - l’avoir fait- ces deux textes sont Irréductibles.

Le contenu de pages entières, puissance évocatrice de la prose –serrée, incandescente- de Mathias Richard, aurait pu être mis dans la bouche du Baal de Brecht, quand chez Tiên, – plus lyrique, Pasolinien - la scansion du hasard des rencontres énonce l’Acte et/ou le lieu de l’action dansée, comme le Myosotis nous dit la couleur d’une saison.

Leur Sacré est phréatique ou inflorescence.

Mais le Je(u) qui sous-tend leur démarche est d’abord celui de l’expérience d’un " corps Sonore ", Corps-Transistor, Véhicule expérimental. ___ J’ai pensé à l’histoire d’Outis dans le Cylindre Obscur de Onuma Némon (Ogr) – aux souffrances et aux extases du corps de Mehdi Belhaj Kasem,(sans la posture intellectuelle) __ aussi à l’Homérique Argo.

Le corps donc. (Quand je pense au sale rabâchage idéologique de certains fondamentalistes sur la prétendue dichotomie Corps/Esprit, je crois pour le moins, qu’ils n’ont jamais su danser… )

Eh oui ! Encore et toujours le corps-reptile, traversé par la Musique, –vecteur de connaissance- ou mis en transe, sublimé par l’Acte poétique.

Ses découvertes, ses rejets, ses jouissances, luttes et extases, dont nous parle Mathias Richard, concomitants à un abandon des sens - ouverture totale à toutes les perceptions possible du réseau nerveux dans la tentative toujours recommencée mais unique chaque fois, d’une symbiose avec le Vibratoire,- ses errances, sa quête métamOrphique, son désir de fusion ou de dispersion, d’éclatement en noces de particules avec celles du Son malgré l’apparente entropie des flux, font échos au balisage dynamique-corporel de l’Espace recelant la mémoire d’un empilage d’actes singuliers révélés par Tiên, le Flibustier-intermédien, artisant-inventeur du Silensophone et autres Animaxes.

Pour revenir un instant à la subversion des Musiques de la Révolte maudite, j’ai également aimé l’énoncé de cette réalité d’une musique-succube qui exacerbe nos sens enfouis, celle qui nous masturbe le diaphragme, ou nous transforme en alambic dont la pression soudainement anormalement élevée, nous menace parfois de l’imminence d’une probable et irréversible mutation, en faisant de nous des danseurs de Saint-Guy. _____ Jump ! jump !

Le pouvoir sait cela.

Comme il sait aussi la mise en équilibre précaire de ses valeurs-fictions par les pérégrinations humanistes d’un Danseur-Poète qui dit à qui veut l’entendre et voir, que la parturition de l’espace est permanente, que la suspension fait naître la vitesse, que la conscience du monde est partout..

Et les dominants redoutent ceux qui savent écrire sur le vent !

Si ces deux textes sont à l’évidence et heureusement hors cadre, - hors du normatif-fictionel dans lequel seule la gestuelle aimable est permise/ comprise par nos sociétés confondant les contingences et la nécessité avec le profit, la domination et l’usure -, la quête des deux artistes n’emprunte pas moins avec courage (celui du cœur et de l’esprit) une voie escarpée, un Col, où l’Onde et le Souffle, l’Esquive et la Danse y dessinent l’essentiel contrepoint à l’agonie d’un monde aux utopies désespérées.

Je crois qu’il faut les entendre comme on écoute le respir de deux Chamans ou de deux Sherpas.

L’initiative de Caméras Animales de publier ces auteurs magnifiques procède à mon sens du même courage,… - Je ne cire pas les pompes !- __ élargissant la faille qui lézarde le continent de toutes nos suffisances sociales, politiques, littéraires etc., et déroutant jusqu’à son extrême bord, le péquin-moi, façon de lui montrer que de telles inflorescences, vivaces graciles s’avançant sur le vide, semblent ne pouvoir plus respirer qu’au gré des turbulences que libère ce je(u) communément honnis.

Mais tout ça reste peut-être un peu mystérieux à vos yeux et à votre esprit, un tantinet confus sous ma prose maladroite. Qui est qui ? Qui fait quoi ?… C’est exprès. ___Je ne vais pas tout vous dévoiler non plus ! Il faut lire ces deux livres, absolument. Ça nous redonne tant d’espoir !

En tapant Ly Thanh Tiên, on peut aussi découvrir sur le Net, au fil de ses performances dans l’Europe entière, le travail considérable de ce Danseur-Poète. De même pour Mathias Richard ; ses participations revuistiques, et les commentaires critiques de son dernier livre par Sylvain Nicolino, digne dompteur et amant de la redoutable Femelle du Requin.

Voilà, bonne lecture à tous, et n’oubliez pas que les oreilles, selon la grande loi Universelle , sont à l’écoute des pieds !

 


Régis Nivelle


Ces deux livres sont disponibles (aux prix sus-mentionnés) aux éditions
Caméras Animales
4 rue Victor Grossein
37000 TOURS.

Pour toute commande directe, merci de libeller vos chèques à l'ordre de Caméras Animales. (port compris pour la France). camerasanimales@wanadoo.fr