Un livre que j'aime

Tierra del fuego

de Francisco Coloane

Ed. Phebus
par Pierre-Olivier Fineltin

Les paysages de la Terre de feu, fouettés de vents mauvais, trempés par des océans furieux et parsemés de plantes rachitiques confrontent l'homme à la nature, à sa nature. Dans ce recueil de nouvelles, le Chilien Francisco Coloane nous entraîne dans son monde au bout du monde. Cependant, malgré les vents qui rendent fou, la misère et la faim, l'humanité s'épanouit dans le désert. Elle naît, parfois brièvement, d'un geste généreux, de la découverte de la beauté lente des paysages, de l'espoir d'une vie meilleure. Francisco Coloane n'invente pas des héros : il décrit des hommes, des hommes rudes dans un pays rude.

Le style correspond bien à ces étendues froides, à ces coeurs qu'on croit secs. Poésie glacée, sans lyrisme, sans effet de style : c'est une poésie de la réalité, poésie des chevauchées lointaines dans les collines pelées, poésie des navigations hasardeuses entre icebergs et tempêtes, poésie de la relation étrange qui unit le berger à son chien, le marin à son bateau, le voyageur à son chemin.

Tour à tour baleinier, berger, contremaître d'hacienda, chasseur de phoques, Francisco Coloane a vécu ce que nous appellons une vie d'aventurier. Pour ce natif de l'île de Chiloe, c'était la vie, tout simplement. Ses nouvelles, au delà de la description d'une terre ignorée, racontent l'expérience au contact de la nature et de la nature humaine.
A la fois très éloignées dans le temps et l'espace, ces nouvelles nous sont proches. Nos petitesses et nos cupidités sont mises à nu, érodées par les embruns et déssechées par le vent. Dans l'éclair d'un printemps bref, nos grandeurs fleurissent également sur la lande morne.

Après Tierra del fuego, il vous restera encore à découvrir le reste de l'oeuvre de Francisco Coloane : d'autres recueils et romans, pareillement vivifiés par le souffle du bout du monde.

Pierre-Olivier Fineltin