Un livre que j'aime

LA REINE ET LE SOMMNANBULE.

Les diamants de la guillotine
Pierre Combescot
Laffont 390p.

par Brigit Bontour

Dans les " Diamants de la guillotine, Pierre Combescot se plonge dans l'Affaire du collier de la reine ", l'un des épisodes précurseurs de la révolution avec un brio et sensibilité dignes du siècles des lumières.


Et si la révolution tenait entre autre à cette confidence inouïe de Louis XVI à son beau frère Joseph II et rapportée par celui-ci au sujet de l'impuissance légendaire du roi ? " il a des érections fortes, il introduit le membre, reste là sans se remuer deux minutes peut-être, se retire sans décharger, toujours bandant et souhaite le bonsoir…… " et ce pendant des années alors que Marie-Antoinette est pendant ce temps vilipendée par le peuple de ne pas donner d'héritier à la couronne et s'étourdit de diamants, de favoris, de Trianon, de moutons à rubans bleus et de vaches aussi apprêtées que des mannequins lors de la semaine de la Haute couture.
Pierre Combescot confirme la thèse qu'il n'y a évidemment pas une seule raison au plus violent séisme politique que la France ait jamais connu. Mais que celles-ci ajoutées à la famine sévissant dans le pays, la déliquescence de la monarchie, le peu d'aptitude à gouverner du roi, les dettes de sa femme, les liaisons qu'on lui prête, sa qualité d'étrangère font que la monarchie était lors du l'Affaire du collier prête à s'effondrer et qu'il suffit d'un cardinal naïf et d'une intrigante à l'exceptionnelle intelligence pour que tous les acteurs du drame soient réunis et que tombent les têtes.
L'intrigue est simple et connue de tous : Marie-Antoinette déteste le Cardinal de Rohan, personnage brillant, représentant de la noblesse française et plus grand ecclésiastique de son temps. Celui-ci cherche pendant des années à rentrer par n'importe quel moyen dans les bonnes grâces de la souveraine. En vain.
Survient alors une aventurière, la comtesse Jeanne de la Motte, se disant dernière descendante des Valois, flanquée d'un amant, Rétaux de Villette et de Cagliostro, un peu mage, surtout escroc lui aussi. Sans oublier un fabuleux collier de diamants invendable tant il est coûteux, destiné d'abord à la favorite de Louis XV. Si cher que Marie-Antoinette suivant pour une fois les voix de la raison l'a refusé à plusieurs reprises.
La comtesse imagine alors une machination diabolique où l'un des plus hauts personnages de France, le cardinal de Rohan va se conduire comme un collégien à qui l'on refuse sa Game boy. En l'occurrence approcher la reine et s'en faire apprécier. La comtesse de la Motte convainc les vendeurs du collier que la souveraine est enfin interessée par le bijou. Réussit à faire croire au cardinal qu'elle est l'amie de la reine et que celle-ci l'a chargée de servir d'entremetteur pour acquérir le collier en son nom.
Tout fonctionne à merveille : une prostituée présentant quelque ressemblance avec Marie-Antoinette se fera passer pour elle et remettra furtivement de nuit une rose au cardinal dans les bosquets de Versailles, pour lui signifier qu'elle est d'accord pour la transaction.
Fou de joie d'avoir enfin été remarqué et choisi par son idole, le cardinal perdra toute raison, " poursuivant son chemin en somnambule ". Il tombera dans le piège en acceptant d'être l'intermédiaire de cet achat qui coûte le prix de trois vaisseaux de guerre.
Quelques faux en écriture plus tard, quelques transactions d'une incroyable audace de la part de Jeanne de la Motte et le collier est remis par le Cardinal à un des supposés serviteurs de la reine. Naturellement celui-ci est un complice de la comtesse et le collier est dépecé le soir même afin que les pierres soient revendues au plus vite.

Le scandale sera énorme lorsque les joailliers demanderont leur dû. Marie-Antoinette furieuse, ne retenant de l'affaire que l'implication de Rohan exigera son arrestation juste avant l'office du 15 août 1785. Une maladresse de plus dans la France si catholique du XVIIIème.
A partir de ce moment le drame sera consommé avec d'un côté, la noblesse qui soutiendra Rohan de l'autre, le peuple qui se déchaînera contre la reine coupable d'un acte qu'elle n'a pas commis mais lui est imputé tant il ressemble à ses agissements passés. Comportements d'années de plaisir qu'elle commence à peine à regretter.

Pierre Combescot est remarquable en démontrant presque " de l'intérieur " que Marie-Antoinette est certes fautive, mais seulement de vivre à son époque, au mauvais endroit, au mauvais moment et surtout avec le mauvais mari. Non que Louis XVI ait été dénué de qualités, mais il n'était sans doute pas le personnage le plus apte à régner en France aux alentours de 1789..
Comme s'il était lui-même doué pour l'intrigue, l'auteur analyse avec beaucoup de finesse non dénuée d'humour, l'enchevêtrement des passions, des frustrations, des complots, des cabales se tramant dans le climat délétère de la société versaillaise. Ce château où tout le monde peut entrer pourvu qu'il soit correctement vêtu, où les domestiques refont les clés pour en vendre les doubles, où plus rien n'a de sens que la recherche du plaisir de l'argent, de la notoriété, grâce à des trafics et escroqueries en tout genre. Combescot met en abyme tous les éléments, qui ont conduit à cette machination inouïe de l'Affaire du collier. Ultime rebondissement qui perdra définitivement la monarchie et ne permettra aucun retour en arrière.
Le livre mi-récit, mi-roman affine l'idée que l'on pouvait avoir de Marie-Antoinette, certes futile en ses années de règne, mais avant tout si jeune et si mal conseillée, proie idéale pour les prédateurs que Pierre Combescot débusque à chaque page comme s'il avait vraiment vécu dans l'intimité de la dernière reine de l'ancien régime.

 

 

Brigit Bontour