Entre ciel et terre

par Céline Lamy

Délaissons foie gras, huîtres et saumon fumé pour goûter à une nourriture plus aérienne : Epreuve de l’air de Dominique Sampiero est en quelque sorte une invitation au voyage…poétique.

Entre récit et poésie, ce petit livre publié par les éditions du Laquet nous emmène dans les paysages particuliers du département du Nord. Rien de bien exotique ? A voir, justement.

Les aurions-nous déjà traversés que nous pourrions seulement penser les connaître.

Car les mots de Dominique Sampiero sont chargés d’une telle force qu’ils finissent par nous révéler le monde : le ciel, les champs et les villages de là-bas avec sensualité et amour. Ainsi , les courbes sont " douces comme des épaules, des nuques ou des poitrines. " Avec reconnaissance aussi : " Ce n’est pas un pays qui exalte mais qui dénude et enseigne l’infiniment intime . "

Sur ces étendues de terre qui apprennent l’humilité, sur cette immensité céleste laiteuse, Sampiero pose un regard apaisé. "  Plus loin, le paysage me cueille.(…) Jamais, dans aucune région, je n’ai ressenti cette sorte de plainitude . " Le bien-être est là, communicatif. Qui a prétendu que la littérature n’avait aucun effet salvateur?

Mais dans ce grand dépouillement, il y a l’air. " Ici l’air est une épreuve. Un bourdonnement comme un vertige. " Du coup, marcher devient un adynaton, une figure de style propice au rêve car " on marche avec du ciel partout. Dans ses poches, pour les voisins. Et même collé à ses chaussures. " Laissons nous entraîner encore avec volupté dans cet itinéraire sensoriel : tandis qu’un tourbillon d’air frais nous ceint ou nous cingle, nous voyons la lumière des maisons, semblable à "  une étoile, plus basse, plus fragile, comme au bord de s’éteindre "  et "  à tâtons, au bout des doigts ", nous traversons la matière tout en écoutant le silence qui chuchote. Il suffit donc d’écouter les mots pour s’envoler dans cet espace poético-géographique ; ici, un nouveau regard nous est insufflé, comme une caresse effleure en même temps qu’elle décape.

Dans un présent éternel, presque sacralisé, Dominique Sampiero dit l’indicible : les liens entre un paysage et un homme, comment l’un voit l’autre, comment le premier agit sur le second. " J’aime ce pays parce qu’il me dénude.(…) La plaine est un dieu tranquille. "Et c’est toujours à cet intime que se réfère le poète. On ne peut que s’émerveiller devant cette alchimie, l’extérieur, la surface des choses venant toucher l’intériorité d’un être, unique et belle.

Epreuve de l’air n’est pas seulement peuplé d’arbres ou de ciel : les gens traversent parfois les pages et avec eux, la mort. " Les morts étouffent deux fois. La première, lorsque le souffle les quitte et qu’un arbre s’abat sur leur poitrine. La seconde, sous terre : la masse des ténèbres pèse sur le couvercle ; elle s’ennuie et réclame sa part de ciel. " Devant un tel texte, il ne faudrait rien dire, ni écrire : seulement laisser le livre respirer.

Soyons donc touchés par la grâce poétique et montons dans les éthers de l’intime beauté.

Céline LAMY

Epreuve de l’air de Dominique Sampiero

Les éditions du Laquet , 87 pages, 55 francs