Folles histoires cubaines...

Par Céline Lamy


Un peu de fraîcheur à l'annonce de l'été ? Nouveaux contes froids du cubain Virgilio Pinera ne vous décevront pas. A condition, bien sûr, de vouloir frissonner car ces récits brefs, écrits parfois en une page, nous projettent dans un univers pour le moins étrange où le fantastique le dispute à l'absurde.
Dans un des premiers contes, intitulé La viande, le narrateur expose la situation critique dans laquelle est plongé son pays : la pénurie de viande oblige la population à se nourrir exclusivement de végétaux. Mais elle est à l'origine de cette deuxième conséquence, plus surprenante ; M.Ansaldo "avec le plus grand calme, se mit à aiguiser un énorme couteau de cuisine et, séance tenante, baissant son pantalon jusqu'aux genoux, il découpa dans sa fesse gauche un beau bifteck."
Et voilà comme au détour d'une phrase surgit la tonalité fantastique de Pinera. Au départ, rien ne laissait présager un tel développement, tout paraît ancré dans un réalisme bien installé et puis tout à coup, hop, l'histoire se décroche en l'espace de quelques mots - froids, distanciés - pour emprunter une logique folle.
De même, une course en montagne se termine par un morcellement des corps, les mains d'un côté, les yeux d'un autre " qui pouvaient voir ...la magnifique barbe grise de mon compagnon qui resplendissait dans toute sa gloire."
Chaque conte est donc prétexte à des situations délirantes, cauchemardesques : un homme qui se veut philanthropique offre un million de pesos à celui qui écrira un million de fois " Coco, je veux un million." Egalement : le fait de montrer un album de photos ne dure ni journée, ni plusieurs jours mais prend une éternité...
Ainsi, avec Pinera, la littérature devient l'expression de tous les possibles, l'expression des rêves les plus abracadabrants qui créent une véritable jubilation chez le lecteur. Elle est, au-delà, un grand éclat de rire noir et désespéré, qui rejoint la littérature de l'Europe de l'Est du 20 ème siècle.
A consommer sans modération.

Nouveaux contes froids de Virgilio Pinera
Editions Métailié 246 pages, 55 francs