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Le polar (suite) par Antoine Jeanmougin |
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Bibliographie contemporaine âprement présentée et ironiquement défendue : James Ellroy Le Quatuor de Los Angeles (Le Dahlia Noir, Le grand nulle part, L.A. Confidential, White Jazz) ; La Trilogie Noire (Browns requiem, Clandestins, Un tueur sur la route) ; La Trilogie Lloyd Hopkins ( Lune de sang, A cause de la nuit, La colline aux suicidés) ; Dick Continos blues ; American Tabloïd ; Ma part dombre. Incontournable, loeuvre de James Ellroy est éminemment dense, historique, violente et symbolique. Clandestins et Le Dahlia Noir y introduisent magistralement. A noter la remarquable adaptation cinématographique de L.A. Confidential par Curtis Hanson en 1997. Les personnages sont complexes autour dun inlassable questionnement du bien et du mal, du rapport même à la société quils composent malgré eux, de leurs quêtes toujours tragiques quoique révélatrices des tares et compromissions inévitables de leur environnement et de leur histoire. Hugues Pagan Létage des morts, Dernière station avant lautoroute Crépusculaires, ces deux romans de Pagan, par ailleurs ex-flic, situent laction autour de la conscience dun narrateur baltringue, looser magnifique et névrosé. Du côté de la nuit, de lautre côté des êtres et des choses, le réel prend ainsi des allures de fleuve sombre charriant pas mal derreurs, de doutes et de déceptions quant à son ordre apparent. La mort rode, planante et inaccessible, " ne voulant pas de ceux qui laiment trop ", sans autre châtiment que léternel ressassement du monde et lamer souvenir de Rilke : " Jadis nous fûmes riches "... Thierry Jonquet Les orpailleurs, Moloch Thierry Jonquet a un style inimitable qui se dévore littéralement. Ces deux romans se situent à Paris, autour dune équipe de flics dirigée par les inspecteurs Rovère et Dimeglio, et des juristes Nadia Lintz et Maryse Sorval ainsi quune foule de petits, héros du quotidien, de leurs histoires et de leurs vies de gens simples. Où la vérité, entrecroisée en plusieurs tresses de récits, rencontre lHistoire, les engagements et la souffrance des anonymes. Sans hauts cris ni panache exceptionnel autres quune volonté obstinée de la part de Thierry Jonquet dappréhender des parts dintimité, des valeurs personnelles ( souffrance, justice, tolérance), et des regards pour le moins essentiels sinon nécessaires. Maurice G. Dantec La sirène rouge, Les racines du mal Répétition générale des thèmes et ambitions décriture de Dantec, La Sirène rouge précède la grande oeuvre métaphysico-techno-futuriste quest Les racines du mal. On y distingue déjà cette propension unique dans la Série Noire à lexcès sous toutes ses formes. Multiplicité des lieux, des temps, des personnages, des références... et des pages. Décidément à part, entre Deleuze et Leary, philosophie et contre-culture, policier et sciences-fiction, Maurice Dantec, avec Les racines du mal, parvient en quelques six cent pages à construire et faire fonctionner cette gigantesque interface littéraire, architecture nodale et rhizomique dhistoires et didées, cinglée pour certains, givrée pour dautres. A ny voir quun sacrifice commercial à une mode pour linternet et ses épigones, on passerait à côté dune somme unique en son genre, tétanisante expérience de lecture et dépouvante, et tour de force narratif. Jean-Patrick Manchette Nada, Le petit bleu de la côte ouest, La position du tireur couché, O dingos ô chateaux, Fatale, La princesse de sang... Manchette, on le sait, fait figure de père du polar des vingt dernières années, inventeur malgré lui du néo-polar et styliste hors pair du genre. Le style comportementaliste de ses romans tient dune réécriture des récits jusquà une quasi-perfection, dune conscience toute flaubertienne de la langue, où la structure dispute à lépure et au détail. Les thèmes sinscrivent dans un bouleversement du réel mêlé à une volonté (dite politique) de saccage et danarchie malgré le poli des mots. Pas de sentiments, de lefficacité, de la maniaquerie et une peinture au vitriol dune société française pas si ancienne quon veut bien le croire. Fatale est un bijou ciselé, Nada un pied de nez magistral à la nostalgie du pavé et des barricades, et La princesse du sang, inachevé en raison de la mort de lauteur, préfigure une ambition nouvelle, un espacement des lieux et thèmes ainsi quune volonté nette de circonvenir, par une même écriture, non plus un cadre restreint daction, mais lensemble des tissus qui organisent le monde et ses lieux symboliques. Raymond Chandler Le grand sommeil, Adieu ma jolie, Fais pas ta rosière... Un maître et un père du genre polar, avec Hammet et Chase. Linventeur désespéré, ironique et sensible de Philip Marlowe inaugure, au milieu de ses enquêtes, le look hard-boiled, dur à cuir au coeur juste et à lhaleine suspecte. Le regard sur la société est incisif, faussement désabusé et remarquablement novateur par son ironie et son humour. Malgré les trahisons, les entourloupes, les femmes fatales, les gros durs et les richards, Marlowe conserve une ligne de conduite dont la clé est peut-être à chercher dans le regard de Humphrey Bogart dans The big sleep, ladaptation mythique dHoward Hawks. James Hadley Chase Pas dorchidées pour Miss Blandish Auteur fécond et pilier du genre noir, Chase, par ce premier récit, devenu culte de par le monde, nous sert une intrigue rapide et sèche, implacable comme la vie sait lêtre en dehors des contes de fée, résolument tragique quand lamour semmêle avec la mort, et la mort avec largent. Classique et éternel. Ned Crab La bouffe est chouette à Fatchakulla Titre incroyable pour une des perles de la Série Noire. Des ploucs pas si bêtes nous refont les aventures de Sherlock Holmes quelque part du côté dun comté perdu de Floride, entre bayous et bières éventées. Cest saignant, hilarant, avec un suspense trop gros pour ne pas y croire, et dans un élan parodique qui n'est pas sans rappeler Fantasia chez les ploucs, autre perle des versions Shériff, fais moi peur du genre... Antoine Jeanmougin |