Vivre et survivre...

Les amants de Sharazade, de Salima Ghezali
Editions de l'Aube -  103p. 89F

par Frédérique Gicquel

 

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Quand une journaliste algérienne reconnue de tous les pays publie son premier roman, c'est plutôt réussi ! Salima Ghezali respire par son pays, elle respire d'un souffle épique, cruel, lucide et finalement plein de vie et nous le prouve bien dans " Les amants de Shahrazade ".

Pour plus de vérité : la fiction !


Grâce à des personnages aussi attachants que différents et un style riche et poétique, l'auteur réussit à aller au delà de ce que les reportages TV ou les articles de journaux nous ont décrit. Plus que des yeux baissés ou en colère, des bras armés ou des victimes ensanglantées, plus que des analyses politiques, le roman permet de rentrer dans les âmes des algériens, dans leur vie quotidienne, dans leur choix pour survivre et composer avec le destin de l'Algérie.
Comment peut on être aujourd'hui mère, épouse et amante comme Shahrazade ?
Comment survivre à la fois à l'espoir fulgurant de l'indépendance algérienne, puis à la terreur des massacres tout en continuant à vivre et à donner la vie ? Quelle trajectoire pour des hommes comme les autres avant de devenir religieux ou militaires ?
Autant de questions que posen le roman et qui ne laissent pas indifférent puisqu'il permet de comprendre les choix ... mais aussi de les juger. Finalement, la folle ne l'est pas tant que ça et assène la terrible vérité : qu'il est dur d'aimer le sol algérien et les hommes qu'il nourrit ! Pourtant cette femme se penche tendrement sur le sol et le caresse, comme liée de façon passionnelle à cette terre qui la détruit mais dont elle ne peut se passer.

Alors merci !

Bien sûr on aime les personnages et on aime le roman. L'auteur est algérienne et malgré son jugement sévère sur les chances de stabilité et de démocratie pour son pays, elle aime l'Agérie. On n'ose dire qu'elle réussit à faire aimer ce pays qu'elle décrit mais il faut la remercier. Pourquoi ? Tout simplement parce qu'elle réussit à nous décrire l'humanité dans l'horreur, l'humanité entre amour et haine et qu'elle nous permet de mieux comprendre ce que vivent les algériens. Merci donc à elle pour nous faire garder conscience que les algériens nous sont proches. L'Algérie lui doit aussi un grand merci, un merci parce que l'auteur insuffle un espoir permanent dans cette histoire malgré le découragement de tous. Si le roman pouvait aller au delà des pages et transporter son message dans les esprits, ce ne serait pas la première fois ! Le livre est en effet parfois efficace ... Les amants de Shahrazade a été peu défendu à sa sortie en septembre dernier alors merci aussi à TOPOUEST de nous permettre de le faire !

Salima Ghezali n'est pas n'importe qui !

Ecrivain et journaliste, elle dirige l'hebdo algérois La Nation interdit depuis bientôt 3 ans. Elle a reçu le Prix international de la presse en 95, le Prix Sakharov en 97 et le Prix Olof Palme en 98.