Facile à consommer...

Et si c'était vrai ? de Marc lévy

par Eva Domeneghini
edomene@club-internet.fr

Chef d'un cabinet d'arrchitecture, français vivant aux Etats-Unis, Marc Lévy ne se destinait pas à l'écriture. De fait, il n'est pas devenu un écrivain reconnu mais un phénomène médiatique suscité par le rachat des droits de diffusion par Steven Spielberg après la foire du livre de Francfort.
Tout le monde ou presque a eu l'occasion de lire dans la presse le récit de cette success-story exemplaire mais cette même presse ne s'est guère souciée de
l'histoire elle-même, de la valeur du livre.
Si Robert Laffont a choisi d'en faire son héros de l'année, la raison en est assez simple: quelle aubaine pour un éditeur de recevoir un manuscrit écrit dans une langue simple, voire simpliste et nage dans les bons sentiments! Soyons cependant honnêtes et
reconnaissons un vrai mérite à Marc Lévy: l'idée de départ de son roman.
Un beau jour Arthur, jeune architecte de San Francisco, sort de sa douche lorsqu'il entend du bruit dans son placard. Le bruit d'un claquement de doigts. Et en
ouvrant la porte, il trouve devant lui une belle jeune femme, Lauren, qui s'étonne qu'il puisse la voir. Elle lui explique que nul ne l'a jamais pu étant donné son état: son corps est dans le coma depuis six mois et repose dans un hôpital, alors que son esprit
matérialisé se balade en toute liberté dans la ville...
Avec une telle accroche, le lecteur moyen veut savoir la suite, et c'est bien légitime. Mais dès ce premières pages apparaît ce que l'on se doit de nommer l'indigence du style, ou plutôt l'absence totale de style de Marc Lévy. Lui affirme n'avoir aucune
prétention littéraire, et l'on peut le suivre sur ce point.
L'histoire d'amour qui naît entre la jeune interne dans le coma et notre bon architecte s'embourbe dès lors dan le prévisible et le cliché. Quel dommage quand l'idée était excellente... Certes, on observe ça et là de braves tentatives d'humour qui parviennent même à faire sourire tant les quiproquos sont nombreux, suscités par cette femme que notre héros est seul à voir et à entendre. Et certes le lecteur ne peut-il pas s'empêcher de continuer sa lecture, voulant savoir la fin de l'histoire, dont on sait bien qu'elle est vraie, mais dont on ne peut que supposer qu'elle finira bien. D'autant que l'affaire tend à se compliquer lorsque la mère de Lauren est convaincue par les médecins de "débrancher" sa fille...
Mais cette péripétie est encore prétexte à un chapitre d'une mièvrerie déprimante et qui met en scène la mère du héros, Arthur, et son attention post-mortem pour son fils: elle lui a laissé des instructions à n'ouvrir vingt ans après son décès, et ce brave Arthur suit son conseil! Que de thèmes rebattus et traités sans originalité aucune par notre néophyte!
Il apparaît au final que Et si c'était vrai ne peut prétendre à un autre statut qu'à celui d'un honnête conte de fée facile à digérer et aussi vite oublié, parfait scénario pour un film de Spielberg. Non qu'il faille entendre ici une dénonciation, mais seulement
une inquiétude: parier sur des histoires simplistes et sans "prétention" littéraire, n'est-ce pas de la part de Robert Laffont une attitude irresponsable?
Facile à consommer, easy book comme il existe du esasy listening, Et si c'était vrai ne pouvait se conclure que par un happy end...non, rien, décidément, ne parvient à ôter au lecteur le sentiment d'une belle idée gâchée. Et d'espérer que le flambeau puisse être un jour repris avec brio par un écrivain d'une autre trempe.
Un écrivain qui commencerait déjà par se dire écrivain.

Eva Domeneghini