Le dernier chant de la rivière

de Patrick Arduise

présenté par Camille de Rijck

Editions hors commerce
(collection " hors bleu ")
85 F


C'est toujours un événement quand un membre de l'équipe parvient à publier un bouquin. Farandoles et agapes sont alors organisés en salle de rédaction, des musiciens folkloriques exécutent de jolies ritournelles et s'agitent sur les tables pendant que les présidents des comités prose et poésie se livrent - enduits d'huile d'arachide - à de spectaculaires exercices belliqueux. Mais que reste-t-il du bouquin me demandera-t-on ? Eh bien, il est envoyé au président du comité prose qui sera chargé par la suite de vous en faire l'éloge. C'est généralement un exercice fastidieux qui demande beaucoup de sérieux et peu de conscience professionnelle, tant le niveau littéraire des différents membres du comité est affligeant (eh ! oh ! c'est du second degré, ne vous en allez pas !). Le dernier chant de la rivière de Patrick Arduise n'est pas seulement un bouquin foutrement attachant il propose de relever un fameux pari, celui de faire revivre une Amérique vianesque, à travers les chansons d'Eddy Cochrane et les poèmes de Yeats. Grâce à tout cela Patrick éclabousse son roman des facéties vocales de Marylin et de l'onirisme stupide d'un James Dean. 

C'est le stylo bille rageur que le jeune Dave Copper, journaliste phénomène, poursuivra les institutions politiques les mieux organisées d'Amérique, épaulé par une vieille fourmi rouillée et par un entourage incontournable. Cette chasse aux sorcières au tournant sympathique, d'abord reléguée au second plan, prendra - dans la deuxième partie du roman - une ampleur considérable. Dave - endossant le pourpoint crasseux du journaliste des fifities - fait plus que titiller les politicards véreux, il redonne vie à un mythe, celui où les flics sont tous des alcoolos libidineux et où les démocrates - comme les républicains - organisent la vie politique américaine en un galimatias douteux. Mais encore une fois, au delà de ce cliché, l'auteur parvient avec passion à nous tailler le buste d'un adolescent attachant, insurgé et protecteur. Un seul regret : la traduction inefficace des nombreux poèmes américains parsèmes aux quatre coins de l'ouvrage.

Camille de Rijck