Echec et mort

Par Paul Borelli


Il arrive parfois que des auteurs s’inspirent des jeux de stratégie. On
a vu comment l’influence du jeu d’échecs a pu amener l’écriture de
romans célèbres comme celui de Stefan Zweig par exemple, « Le joueur d’échecs ». Dans le domaine du cinéma, on pense à des œuvres étonnantes comme « The element of Crime », de Lars Von Trier. Et tant d’autres…
La couverture du roman de Fred Belin semble induire ce genre
d’attentes. On se dit qu’on va lire un texte imprégné de cette logique
si particulière, et que la construction sera pour le moins complexe.
Certes, la structure n’est pas simple. Mais Fred Belin sait se dérober
à nos attentes, et frapper là où on l’attend le moins.
Les échecs jouent un rôle certain. Mais pas celui que l’on pouvait
croire.

Bruno Dumas fuit Paris, ses sentiments d’échecs, la drogue qui l’a tenu
longtemps. Il finit par débarquer à Bouilland, une paisible ( ? )
bourgade perdue au fin fond de la Bourgogne. Il est tout content de
redémarrer à zéro, de goûter les joies de la campagne.
Et puis voilà qu’il rencontre Paul Maurin, un infirme, non seulement
paralysé à vie mais nanti d’une gueule de cauchemar. Une étrange amitié les lie, qui se construit autour de la soudaine passion de Bruno pour le jeu d’échecs. Il apprend à jouer et retourne voir Paul, qui se confie peu à peu, et lui parle de son autre passion : la taxidermie…

L’auteur nous entraîne alors dans une effroyable sarabande de meurtres
et de vengeance, avec un luxe de détails et une morbidité rarement
égalée. Il est difficile d’en dire plus sans déflorer le texte, mais
sachez que les cases blanches et noires acquièrent de plus en plus
d’importance, à mesure que l’auteur, avec une habileté diabolique,
avance ses pions…

Au total un très bon thriller noir, qui sait avec bonheur éviter les
clichés et nous ménager des surprises en forme de coups de poing. Une
écriture nerveuse, un bon sens des dialogues, bref, des qualités
certaines. Attention toutefois : c’est glauque et parfois à la limite du
gore, donc âmes sensibles s’abstenir. On vous aura prévenus !

Paul Borrelli

On achève bien les cadavres
Fred Belin, mai 98
Le choucas noir, 222 pages, 90 Frs.