Drôles de coups de canif

Lawrence Block, septembre 98
Série noire, 308 pages, 39 Frs.

par Paul Borelli

Matt Scudder est un privé atypique : il ne possède aucun bureau, aucune licence. Il se contente de mener quelques enquêtes, au gré des éventuels clients qu’on lui envoie, par le système du bouche à oreille.

Scudder n’a rien du héros hard boiled : ex-pochard, il participe à des réunions d’alcooliques anonymes et distribue une partie de son argent aux mendiants dans les rues de New York. C’est un personnage doté d’une grande faculté d’empathie.

Aussi, c’est avec scrupules qu’il traite la mission difficile qu’on lui confie : retrouver la trace de Paula Hoeldtke, une fille de bonne famille qui s’était mis en tête de devenir actrice. Aucun indice. Une chambre presque vide, rien à se mettre sous la dent. Et, sur ces entrefaites, Scudder rencontre Eddie, un soûlard devenu sobre lui aussi. Une ébauche d’amitié s’installe entre les deux hommes, jusqu’au moment où Eddie est retrouvé mort, pendu.

Scudder est têtu. Il est capable de trouver des liens là où personne n’en verrait. Il va peu à peu déterrer la vérité. Il va même faire mieux que ça, puisque qu’il mettra au grand jour des secrets que personne ne lui demandait, et résoudre les deux affaires...

Le style est sobre, le rythme est lent, presque morne. On navigue à quelques encablures de l’ennui. Et pourtant, certains traits sont réussis, la construction est irréprochable. Le roman nous donnera même l’occasion d’assister à des scènes saisissantes. On remarquera surtout le boucher Mickey Ballou, au physique de brute épaisse et à la courtoisie assassine. Ballou qui n’a pas usurpé sa réputation de meurtrier féroce, Ballou qui s’exhibe volontiers en tablier blanc taché de sang, mais qui traite Scudder comme un invité de marque et l’entraîne à sa suite dans le quartier des bouchers, pour assister à la messe des bouchers...

Malgré quelques lenteurs, un roman tout à fait digne d’intérêt, à des centaines de lieues des situations convenues qu’on trouve dans la production actuelle, hyper calibrée. Block n’a pas peur d’affirmer son individualité, son œuvre est originale, ce qui à notre époque est presque un exploit, tant est grande la pression à la conformité commerciale.

Paul Borrelli

Auteur : Lawrence Block
Titre : Drôles de coups de canif
Editeur : Série noire
Genre : roman noir
Parution : septembre 98
Pages : 308

Avis : très bon