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Casino moon Peter Blauner, septembre
98 par Paul Borelli |
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Anthony Russo a toujours voulu réussir. Mais pas comme son père adoptif, Vincente, qui appartient à la mafia. Lui, il se contente de travailler dur dans le bâtiment, malgré les difficultés. Son ménage bat de laile, largent manque et son fils Anthony junior aura probablement besoin, dans les années à venir, dentrer dans une école spécialisée qui coûtera cher. Mais Vincente a une autre vision des choses. Il semploie par tous les moyens à faire admettre Anthony dans la cosa nostra. Et il insiste auprès de son propre parrain, le sinistre Teddy Marino, lequel est le propre beau-père dAnthony mais ne veut rien savoir. Alors, quand Vincente abat un type, il fait croire à tous que cest Anthony qui a mené à bien la mission. A partir de là, les événements se précipitent. Anthony est amené, pour sa propre sécurité et celle de sa famille, à tuer pour de vrai. Mais Anthony veut croire encore à ses chances. Il ne désespère pas déchapper à son milieu. Il se met en tête dentrer dans le cercle très fermé de la boxe, se laisse persuader daider un vieux champion sur le retour à remonter sur le ring et simprovise manager. Et, pour tout compliquer, il entame une liaison avec Marylin, une catcheuse, forte et déterminée, prête à tout elle aussi pour échapper à sa condition... Il existe dans ce roman des passages hallucinants de vérité et de noirceur. On ne peut citer, de mémoire, toutes les scènes qui suscitent ladmiration. On retiendra dinquiétants seconds rôles, comme le tueur Joey Snails, cynique et taciturne, ou le machiavélique Frank Diamond, as de la négociation et de larnaque, qui retourne les situations tout en conservant le sourire. La scène où Vincente mange ses dernières amandes, celle où Anthony menace de tuer Marylin, le moment où Teddy, agonisant, pleure sur le canapé bon marché de la maison dAnthony. Mais le pire est sans nul doute lhorrible combat de boxe, qui frise latrocité. Il y a là quelque chose de cauchemardesque, dans la façon dont le perdant, motivé par on ne sait quelle force, continue de tenir debout, la mâchoire fracassée, le visage méconnaissable, tandis que le ring devient une patinoire sanglante. A ce stade de la lecture, on a du mal à imaginer que ce roman ne soit pas un réquisitoire contre la boxe. Les spectateurs, notamment, sont décrits avec lucidité : " ... sils étaient ici, cétait en réalité pour voir du sang sur le ring ". Et, plus loin, : " A chaque coup, la foule hurlait plus fort et bientôt on aurait dit des centaines de milliers de singes vociférant dans une cage dacier ". Cette description sert de contrepoint à celles qui ont précédé, où lon nous montrait les participants comme autant dhommes daffaires respectables et fortunés, tirés à quatre épingles dans leurs costumes Armani. Et la construction na rien à envier à la justesse de ton. Tout, dans ce roman, senchaîne avec la rigueur et la précision dune tragédie Grecque. Nous voyons Anthony senfoncer sans pour autant prendre de distances avec lui, nous participons à ses espoirs et ses doutes. Le montage alterné entre la première personne, utilisée pour caractériser le héros, et la troisième personne, employée pour tous les autres protagonistes, est particulièrement efficace. Et nous avons, en prime, droit à quelques traits dhumour inattendus et donc dautant plus percutants. En conclusion, cest à nen pas douter du grand art. Mais attention : on risque de ne pas en sortir indemne. La leçon est amère et le voyage particulièrement éprouvant. Paul Borrelli Auteur : Peter
Blauner Avis : vraiment très bon |