Encore une histoire de Serial Killer !

par Paul Borelli

Encore une histoire de Serial Killer ! Nombreux sont les amateurs de polar qui pensent qu'on n'en a trop vu, trop lu. Effectivement, cette récente mode fut la porte ouverte pour certains indélicats, que nous ne nommerons pas écrivains. Nous sommes tous tombés, un jour de malchance, sur tel ou tel torchon non seulement mal écrit, mais truffé d'invraisemblances et de clichés gore, et qui nous glissait des mains au bout d'une dizaine de pages. Certains éditeurs, comme Florent Massot, semblent même s'être spécialisés dans le genre. Mais peu importe le thème : pourquoi en effet critiquer l'engouement du public ( d'une certaine presse, des écrivains eux-mêmes, il y aurait tout un débat à mener sur la question ) autour du serial killer ? On a bien écrit des centaines de romans sur les gangsters, cela ne dérangeait personne. En réalité, ce n'est pas le sujet du roman qui compte, c'est la façon dont l'auteur va le traiter. Si les personnages ne sont pas que de simple marionnettes, si les écueils du genre sont évités, si les lieux communs sont habilement contournés, si le style est vigoureux mais sans complaisance, alors le roman sera bon. En réalité, si l'on devait obligatoirement défricher une zone vierge, inexplorée, chaque fois qu'on rédige un roman, si on devait forcément inventer quelque chose de nouveau, il n'y aurait guère que la science-fiction pour être aussi productive ( ceci dit sans le moindre a priori négatif, au contraire ).
C'est pourquoi il convient d'accorder sa chance à un auteur, juger sur pièce, au fil des pages.

Hyéronymus Bosch est, comme son célèbre homonyme, hanté par les monstres. Mais il ne les peint pas, il les pourchasse. Il y a quatre ans, il est venu à bout d'un assassin qui, lors d'étranges rituels, maquillait ses victimes comme des poupées. Aujourd'hui, on l'accuse de s'être trompé et d'avoir tué un innocent. Flanqué d'un avocat incompétent, Harry Bosch va devoir affronter la redoutable Honey Chandler, chargée d'établir sa culpabilité. Et, tandis que le procès se déroule, les meurtres reprennent...

Michael Connelly n'est pas décevant, loin de là. Il sait avec un rare bonheur doser action et suspense. Et, fait rare, il est capable d'être subtil. Tout est finement observé. Le jeu des protagonistes sonne juste, les dialogues sont vrais et, sans faire de psychologisme facile, l'auteur réussit à nous entraîner dans l'intériorité de ses personnages, souvent traitée en demi-teintes. L'intrigue est fertile en rebondissements, l'effet de réalisme est saisissant, on est aux antipodes des farces grand-guignolesques d'une certaine littérature qu'on ne devrait même pas trouver dans les gares.

Conclusion : ne vous fiez pas au thème. La blonde en béton est un excellent roman sur les meurtres en série. Et cela vaut dans l'autre sens : n'avez-vous pas remarqué que certains thèmes sont " porteurs ", ces derniers temps ? Il suffit de les aborder pour être presque à coup sûr encensé par la critique : le SIDA, le racisme, l'exclusion… Ou alors, mettre en avant certains aspects techniques : Internet, par
exemple, est très à la mode. Avis aux amateurs, si vous voulez être publiés, écrivez un roman où le flic enquête en surfant sur le Web ! Et les opportunistes l'ont compris, qui enfoncent le clou jusqu'à la tête. En conséquence, des films ou des romans raflent des prix qu'ils sont loin de mériter, simplement parce qu'ils sortent au bon moment et que les médias s'extasient systématiquement, un peu par ignorance, un peu par démagogie. Non, refusons le faux débat du thème : ce qui fait qu'un roman vaut le détour, c'est le talent de son auteur, ce qui n'a strictement rien à voir avec la mode. Du reste, l'histoire se charge de faire le tri. Dans cinquante ans, qui relira ? mais bon, inutile de donner des noms.

Michael Connelly, lui, méritera d'être relu. Parce qu'il ne triche pas avec son lecteur.

La blonde en béton
Michael Connelly, juin 97
Seuil points,  463  pages, 45 Frs.