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Dans
Rade Terminus, Nicolas Fargues, écrivain, reconnu, mannequin
pour Chanel et directeur de l'Alliance française à
Diego-Suarez une ville de Madagascar décrit de façon
caustique la cohabitation à la fois drôle et tragique
de malgaches ruinés et de blancs aventuriers ratés
de toutes sortes.
Certes
Philippe Chancel n'est pas fou. Loin de là. Il souffre
juste de TOC (troubles obsessionnels compulsifs) qu'il préfère
nommer " ordre de Dieu ", bien qu'il ne soit pas croyant.
Il doit par exemple fermer quatre fois une porte ou descendre
et remonter dix fois les marches d'un bâtiment juste avant
une réunion. Rien de grave. Sauf que Philippe Chancel
est directeur d'une nébuleuse mission humanitaire à
Diego-Suarez, le coin le plus perdu de Madagascar. Il doit donner
une vague apparence de normalité même, s'il semble
attirer comme un aimant les personnages les plus ratés,
les plus glauques de la planète. D'abord un stagiaire
hypocondriaque trop gâté, et vraie tête à
claques qui se demande ce qu'il fait au moyen age et rêve
d'un piston plus civilisé. Un collègue qui a piqué
dans la caisse pour les beaux yeux d'une malgache. Un ex cafetier,
beauf à la Cabu lui aussi plumé par une certaine
Phydélice native du coin. Plus Mathilde, une jeune femme
venue pour le dépaysement. Elle au moins n'est pas déçue.
Car tous les personnages de Nicolas Fargues sont de pitoyables
ratés qui cherchent soit la fortune soit le sexe facile
ou les deux, et échouent lamentablement. Personne ne
se sort de ce marigot " où les charrettes datent
du troisième siècle ". Pas plus les blancs
les " vazaha ", tous cupides, bornés et obsédés
que les autochones pour qui le sport national consiste justement
à gruger ces vazahas. Même le narrateur, pourtant
fort sympathique ne semble pas croire une seconde au bien fondé
de sa mission. Il en a vu d'autres, mais continue pourtant à
se battre avec courage contre le vide, la paresse, les préjugés,
un néo-colonialisme aussi vrai pour les français
échoués là que pour les Malgaches pour
qui le Vaza est à la fois une manne et un fléau.
Ces blancs à qui il faut montrer qu'un habitant de Diego
Suarez est à la pointe de la technologie, mais qu'il
faut faire payer au maximum. Et d'ailleurs Philippe Chancel
paiera très cher son séjour à Diego, non
pas à cause de l'enfer de ce paradis tropical, mais de
Dieu qui ce jour là est allé un peu fort dans
son " ordre ".
Totalement désabusé, drôle, caustique, le
roman est déroutant, à l'image de son auteur Nicolas
Fargues directeur de l'Alliance Française à Diego
Suarez. Un directeur atypique qui a décidé de
fuir les mondanités parisiennes après avoir connu
un beau succès avec One man show son précédent
roman et première, pour un écrivain, posé
pour un parfum Chanel.
A une vie confortable entre le Flore et Lipp il a préféré
vivre avec femme et enfants la difficulté de Diego-Suarez,
un ancien comptoir français en ruines. Et se battre chaque
jour contre la misère, la prostitution, l'illettrisme.
Comme toutes ces villes d'outre mer qui chaque jour s'enfonceraient
un peu plus s'il n'y avait encore des hommes de la trempe de
l'auteur.
Brigit Bontour
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