Benoît Duteurtre
La Rebelle
Gallimard
332p

par Brigit Bontour

Eliane Brun journaliste à l'Autre Canal est une rebelle, une vraie. Sensible à la cause écologiste en soutenant l'implantation des éoliennes, prenant partie pour les hackers, détestant George Bush, le racisme, les dictatures, le chômage. Elle tire sur toutes les ambulances qui passent. Ca tombe bien, car son patron, le très puissant Marc Menantreau est lui aussi un rebelle. Il n'hésite pas à faire un discours devant tout le staff de son entreprise vêtu d'un T. Shirt. C'est dire s'il est subversif. Les deux vont s'entendre à merveille un temps, mais la lune de miel entre le patron et son employée sera de courte durée : les affaires sont les affaires.
Après deux effroyables émissions " La chasse au Sorciers " où il s'agit pour Eliane d'atterrir en hélicoptère dans le jardin d'un homme qui tient des propos machistes au café du village pour le dénoncer à la France ou dans celui d'une vieille dame coupable d'un méfait du même acabit. Une vraie peste qui a de plus le mauvais goût de décéder le lendemain de l'émission. L'animatrice est virée. Son patron aussi mais pour d'autres raisons qui ont trait à sa gestion hasardeuse et à sa folie des grandeurs. Il est en effet fort peu évident de transformer une entreprise française traditionnelle en numéro un de la communication mondiale quand les bénéfices ne suivent pas et que les déficits sont abyssaux.
Les deux se retrouvent presque à la rue, leurs parachutes dorés n'ayant pas fonctionné. Pourtant, ils continuent à se battre : Eliane pour n'importe quoi Ménantreau pour les gays dont il fait désormais très opportunément partie, sans convaincre personne.

Le roman de Benoît Duteurtre est hilarant, sans la moindre complaisance pour la " jet set dolorosa ", ces personnages pleins de compassion toujours à la recherche d'une bonne cause à défendre, de préférence sous l'objectif des photographes. Peu importe laquelle pourvu qu'elle soit consensuelle et simple à comprendre : les sans papiers, la chasse aux baleines, la famine dans une micro région d'Afrique dont les occidentaux sont forcément responsables…..
Naturellement Marc Menantreau rappelle J2M et Eliane, n'importe quel présentateur de télé plus accroché à sa vitrine cathodique et à ses avantages qu'aux vraies douleurs du monde.
Il est impossible pourtant de détester ces vieux adolescents en quête d'honneurs, mais toujours très humains. Se trompant avec une telle stupidité candide qu'on ne peut que rire de leurs déboires. Comme ces enfants qui commettent une erreur après avoir été prévenus des inévitables conséquences qui allaient en résulter.
Une fois de plus Benoît Duteurtre réussit une subtile équation entre la critique des précieuses ridicules d'aujourd'hui et la réalité de la société qui induit ces comportements absurdes. Sans doute ne va-t-il pas se faire que des amis, mais il a l'habitude. Quand un critique musical se permet de critiquer Boulez, il ne peut s'attendre à beaucoup d'indulgence de la part des bien-pensants dont font partie ses personnages.

Brigit Bontour