Le vent qui siffle dans les grues
Lidia Jorge
Editions Metailié

par Brigit Bontour

C'est dans la chaleur torride du mois d'août d'une région désolée du Portugal, L'Algrave que les non-dits d'une famille de notables sur le déclin, la vivacité d'une famille de Cap Verdiens s'affrontent au cours du très beau roman de Lidia Jorge.
Une vieille dame s'échappe de l'ambulance où elle allait de sa maison de retraite à l'hôpital, pour venir mourir devant le " Diamant ", l'usine de conserves de poissons qui a fait la richesse de sa famille et qu'elle a longtemps gérée. Tous ses enfants sont en vacances au bout du monde sauf Milene sa petite fille orpheline. Une jeune fille étrange qui, à trente ans a parfois l'attitude d'une enfant de douze. C'est elle qui s'occupe des obsèques de la grand-mère et complètement déboussolée, en état de choc est recueillie par les gens de la troisième vague, des Cap Verdiens qui louent le " Diamant ".

Paniquée, perdue, consciente que ses oncles et tantes, de retour de voyage lui demanderont des comptes sur la mort de la grand-mère, car un article d'un journal local a publié l'information qui fait scandale : les Leandro, ces gens si bien, ont laissé leur mère mourir seule pour partir en vacances.
Evidemment Milene a vu juste et c'est entre secrets de famille, révélations terribles de brutalité et déchirements que le clan va éclater. Sacrifiant au passage l'avenir de la jeune femme, amoureuse d' Antonino, un des Cap verdiens, un jeune grutier veuf qu'elle épousera.
Vendant au plus offrant le " Diamant " qui était jusque là le symbole de la grandeur des Léandro.

Selon Nabokov, " les plus beaux livres se dissimulent généralement derrière un accès difficile ". C'est assurément le cas de cet âpre roman fascinant, envoûtant mais dont la lecture demande quelque concentration.
En effet l'auteur joue sur l'effet de lenteur, de torpeur dans la construction de son histoire, la description minutieuse de ses personnages alors que derrière cette langueur, cette écriture dramatique, le lecteur sent qu'un vieux monde s'écroule et qu'un nouveau affleure. Comme les plaques tectoniques se rapprochent en silence avant la déflagration d'un tremblement de terre.
A bien des égards ce roman est d'ailleurs un séisme d'étrangeté, de talent, d'angoisse mêlés qui poursuit longtemps après avoir refermé le livre.

Ce livre est finaliste du Prix des Lectrices de Elle.

Brigit Bontour