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Bye bye Blondie " est une histoire d'amour : une belle
comme on n'en fait plus : Gloria et Eric, tous deux trente cinq
ans se retrouvent par hasard vingt ans après s'être
rencontrés dans un asile psychiatrique. S'être
aimés à la folie sur fond de concerts de folie
et de punktitude joyeuse malgré l'apparence assez glauque
de leur vie.
A l'époque sa très bourgeoise famille à
lui l'avait rattrapé lors d'une fugue et embastillé
dans un lycée militaire où il était vite
rentré dans la bonne voie.
Gloria quant à elle avait continué sa vie de galère
de petits boulots en RMI, grande consommatrice de tout ce qui
éclate le cerveau pour finalement se retrouver à
la rue après avoir failli tuer son petit ami.
C'est en errant ce soir là, complètement défaite
dans les rues de Nancy, ville " limite intéressante
tellement c'est déprimant " en direction de son
café favori, qu'elle se fait légèrement
heurter par une grosse berline dans laquelle se trouve Eric
qui la reconnaît immédiatement et veut la revoir
sur-le-champ. Il est devenu un incontournable présentateur
de jeu télévisé, important, respecté.
Après l'avoir jeté sans ménagement une
première fois, elle le suit, s'installe avec lui à
Paris et ils retrouvent leurs quinze ans, faits d'amour fou
et de défonces variées. En elle il aime son côté
franc, décalé par rapport aux gens de son milieu.
En lui, elle aime tout sauf son milieu. Et la rage, " la
manie de vouloir se cogner avec tout le monde " qui ne
l'ont jamais quitté depuis ses quinze ans éclate
avec une violence inouïe contre elle, contre Eric, contre
le monde entier.
Et avec cette rage la belle histoire d'amour vole en éclats.
Ou pas. Libre à chacun d'imaginer la fin.
Du Despentes à son plus haut niveau. N'ayant rien perdu
de sa violence, de l'expression de son mal être, de sa
hargne elle gagne en maturité avec un sens de la répartie
et de la formule plus acérée que jamais. En se
penchant sur son adolescence meurtrie, elle parle de "
cette faune de pauvres débiles vivant sur le désarroi
adolescent ". D'une comédienne connue, elle la définit
comme ayant " le charisme d'une table basse ".
On sent dans ce roman une incroyable nostalgie de sa jeunesse
punk et la difficulté de se retrouver dans le monde des
adultes bien élevés, bien policés en apparence,
sans en avoir appris ou compris les codes. En effet les premiers
soucis arrivent dans le couple qu'elle forme avec Eric quand
elle entre dans son monde à lui en écrivant un
scénario qu'un producteur lui vole, profitant de sa méconnaissance
du milieu sans pitié du cinéma. Milieu qui pourrait
être celui de l'entreprise, de la politique ou de tout
autre qui est le quotidien de ceux qui ont passé l'âge
des rêves d'ado. Ce que n'accepte pas Gloria.
Virginie
Despentes montre dans ce livre, qu'elle sait écrire des
histoires violentes, certes, mais surtout cerner avec une sensibilité
inouïe ses failles et ses désespoirs à jamais
incurables malgré tout l'amour qu'elle a, et cherche
à donner.
Ce n'est certes pas une découverte : " Baise-moi
", " Les jolies choses " ou " Teen spirit
" avaient déjà ce potentiel, mais c'est dans
ce dernier roman où l'amour a la violence d'un match
de boxe qu'elle se dévoile enfin comme le grand auteur
qu'elle n'osait pas être ou ne pouvait pas encore être.
Brigit Bontour
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