UNE IMPROBABLE HISTOIRE D'AMOUR

Virginie Despentes
Bye Bye Blondie
Grasset 18 euros.

 

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par Brigit Bontour

" Bye bye Blondie " est une histoire d'amour : une belle comme on n'en fait plus : Gloria et Eric, tous deux trente cinq ans se retrouvent par hasard vingt ans après s'être rencontrés dans un asile psychiatrique. S'être aimés à la folie sur fond de concerts de folie et de punktitude joyeuse malgré l'apparence assez glauque de leur vie.
A l'époque sa très bourgeoise famille à lui l'avait rattrapé lors d'une fugue et embastillé dans un lycée militaire où il était vite rentré dans la bonne voie.
Gloria quant à elle avait continué sa vie de galère de petits boulots en RMI, grande consommatrice de tout ce qui éclate le cerveau pour finalement se retrouver à la rue après avoir failli tuer son petit ami.
C'est en errant ce soir là, complètement défaite dans les rues de Nancy, ville " limite intéressante tellement c'est déprimant " en direction de son café favori, qu'elle se fait légèrement heurter par une grosse berline dans laquelle se trouve Eric qui la reconnaît immédiatement et veut la revoir sur-le-champ. Il est devenu un incontournable présentateur de jeu télévisé, important, respecté.
Après l'avoir jeté sans ménagement une première fois, elle le suit, s'installe avec lui à Paris et ils retrouvent leurs quinze ans, faits d'amour fou et de défonces variées. En elle il aime son côté franc, décalé par rapport aux gens de son milieu. En lui, elle aime tout sauf son milieu. Et la rage, " la manie de vouloir se cogner avec tout le monde " qui ne l'ont jamais quitté depuis ses quinze ans éclate avec une violence inouïe contre elle, contre Eric, contre le monde entier.
Et avec cette rage la belle histoire d'amour vole en éclats. Ou pas. Libre à chacun d'imaginer la fin.
Du Despentes à son plus haut niveau. N'ayant rien perdu de sa violence, de l'expression de son mal être, de sa hargne elle gagne en maturité avec un sens de la répartie et de la formule plus acérée que jamais. En se penchant sur son adolescence meurtrie, elle parle de " cette faune de pauvres débiles vivant sur le désarroi adolescent ". D'une comédienne connue, elle la définit comme ayant " le charisme d'une table basse ".
On sent dans ce roman une incroyable nostalgie de sa jeunesse punk et la difficulté de se retrouver dans le monde des adultes bien élevés, bien policés en apparence, sans en avoir appris ou compris les codes. En effet les premiers soucis arrivent dans le couple qu'elle forme avec Eric quand elle entre dans son monde à lui en écrivant un scénario qu'un producteur lui vole, profitant de sa méconnaissance du milieu sans pitié du cinéma. Milieu qui pourrait être celui de l'entreprise, de la politique ou de tout autre qui est le quotidien de ceux qui ont passé l'âge des rêves d'ado. Ce que n'accepte pas Gloria.

Virginie Despentes montre dans ce livre, qu'elle sait écrire des histoires violentes, certes, mais surtout cerner avec une sensibilité inouïe ses failles et ses désespoirs à jamais incurables malgré tout l'amour qu'elle a, et cherche à donner.
Ce n'est certes pas une découverte : " Baise-moi ", " Les jolies choses " ou " Teen spirit " avaient déjà ce potentiel, mais c'est dans ce dernier roman où l'amour a la violence d'un match de boxe qu'elle se dévoile enfin comme le grand auteur qu'elle n'osait pas être ou ne pouvait pas encore être.

 

Brigit Bontour