Orfénor (2 tomes)
de Myrielle Marc

XO editions
2x 20 euros

par Brigit Bontour

Dans la grande et vieille famille Blajan dirigée par Contorose le généreux patriarche, cohabitent plusieurs générations : grand-tantes et petits-neveux, plus leurs amis, et frères ou sœurs d'amis. Vingt personnes se retrouvent en moyenne chaque jour autour de la table familiale en toute harmonie.
Mais sur ces jours idylliques, planent les secrets de famille inavoués de la génération précédente avec les parents des jeunes Blajan. Agnès, la fille de Contorose, mère de Tristan est partie des années plus tôt avec Alban son cousin et accessoirement père de quatre enfants, eux aussi cousins du jeune homme. Sa jumelle Anne, qui avait suivi un beau gitan nommé " Le Copte " est décédée en laissant une petite fille Natalène, mi-rom, mi-bourgeoise, qui partage sa vie d'enfant et de jeune fille entre le château de Blajan et les camps de gens du voyage. Grand écart qui forge à tout jamais un caractère et changera le destin de tous les habitants de la bâtisse.
Une fois ces liens complexes établis, peut commencer le tourbillon romanesque d'Orfénor, cette histoire invraisemblable à laquelle on veut croire ; à l'instar de cette scène invraisemblable où Natalène, dans sa roulotte délabrée lit " la guerre des Gaules ".

Dans ce roman fleuve passent tous les sentiments, toutes les émotions : amours adolescentes et avortements des années soixante, prénoms surranés de ces années d'avant 68 : Chantal, Philippe, Caroline. Mois de mai d'ailleurs à peine évoqué comme si la révolte étudiante n'avait pas atteint le bordelais ou plutôt que ses protagonistes avaient la tête ailleurs avec la griserie de rendez-vous au grenier que l'on sait éphémères, et la naissance de passions faites pour durer toute une vie et ne passeront pas l'hiver. Sans oublier la violence caricaturale d'un père gitan tout puissant sur sa fille au caractère encore plus trempé que lui, un code d'honneur ombrageux et des rebondissements sans fin qui tiennent le lecteur en haleine du début à la fin.
Il y a du Dumas fils dans ce livre où les longueurs alternent avec les orages que le lecteur pressent et attend, avec ses invraisemblances et ses trouvailles. Ainsi, parlant d'un certain 20 mars, l'auteur affirme avec lyrisme que " de tous les dés lancés ce jour-là, certains devaient rouler des années avant de s'immobiliser, mais tous le feraient un jour, pour afficher leur chiffre ". Belle métaphore pour dire que les cousins grandissent, se marient, dévient, se séparent. Seuls Tristan, devenu un pianiste virtuose et Natalène s'aimeront jusqu'à la mort entre roulotte et château, amour et désespoir, violence et fusion.

A l'approche des vacances, ce roman donne la nostalgie de l'enfance enfuie, avec les cousins et les illusions, tous perdus de vue. Les grandes tablées, les fêtes à l'occasion desquelles une génération remplace l'autre sont au rendez-vous comme dans la vie. Qu'elle soit rêvée ou non.
Il y a ici de la mélancolie, de la folie, de l'aventure, et qu'importe si la syntaxe est parfois bousculée, si la caricature prend parfois le pas sur le tourbillon des passions.
Une expression employée plusieurs fois par l'auteur : " en ce vieux printemps là " donne le climat du livre. Parce Que tout printemps est voué à devenir vieux puis oublié, comme tout enfant devient grand, que tout amour s'étiole et disparaît en ne laissant qu'un goût de cendre et de paradis perdu.

 

Brigit Bontour