CENT MOTS A SAUVER

Cent mots à sauver.
Bernard Pivot
Ed Albin Michel 16O pages

par Brigit Bontour

" Fesse-Mathieu ", " Nitescence ", " peccamineux " : bien heureux ou cultivés ceux qui connaissent ou emploient régulièrement ces mots surgis du passé.
Quant à " turlutaine ", " brune " ou " bailler " qui semblent familiers, ils ont en fait un sens tout à fait différent de ce que le lecteur imagine. Même si après réflexion, leur signification ne nous est pas tout à fait étrangère : " brune " signifie la tombée de la nuit. Pierre Combescot l'emploie par exemple dans les " Diamants de la guillotine " : " on est en juillet, et l'air est doux à la brune ". A l'instar de chaque terme, remis dans son contexte grâce à une citation d'écrivain choisie par l'auteur, soucieux de précision.
Cependant, si parmi les cent mots élus par Bernard Pivot afin d'être sauvés de l'oubli et pour certains d'être réintégrés dans le dictionnaire, certains sont totalement oubliés, d'autres, en revanche sont parfaitement connus comme " manant ", " lupanar " ou " gueux ".
Arbitraire passionnant qui dévoile en creux le côté curieux et charmeur de l'auteur. En effet, pourquoi ne pas sauver " bricole " qui signifie une toute petite ferme plutôt que " suivez-moi jeune homme ", terme exquis chois par Bernard Pivot ? Voire les deux.
Sans doute les vocables en voie de disparition sont-ils des milliers et les sauver tous paraît illusoire, à moins de doubler la pagination des dictionnaires. Ou plus simplement comme le suggère l'auteur de supprimer certains anglicismes qui, souvent font double emploi avec d'autres expressions bien françaises mais abandonnées sur l'autel d'une pseudo modernité.
Alors, combat désespéré que celui de Pivot ? Certainement pas puisque de nombreux mots figurant dans sa sélection s'illustrent dans un contexte très actuel ; étant employés dans les ouvrages les plus récents de Philippe Claudel, Eric Orsenna ou Bertand Poirot-Delpech.

 

Brigit Bontour