CRIMES SOUS LA RENAISSANCE

Dissolution
C.J Sansom
Belfond 20,90


par Brigit Bontour

En 1537, alors que l'influence de Cromwell est plus forte que jamais auprès du roi Henri VIII ; l'Angleterre comme d'autres pays d'Europe s'embrase autour de la réforme imposée par son monarque. Celui-ci veut dissoudre les monastères catholiques afin d'imposer la religion anglicane et accessoirement faire main basse sur les richesses amassées par les représentants de l'église romaine.
Pour arriver à ses fins, rien ne l'arrête : les moines sont désignés à la vindicte publique comme les responsables de la pauvreté du royaume, leurs pratiques sont jugées hérétiques. Les monastères, parfois des joyaux d'architecture doivent être impitoyablement détruits, leurs terres et leurs trésors remis au roi pour qu'il récompense ses fidèles partisans.
Naturellement de telles velléités rencontrent de fortes résistances dans le clergé et le peuple.
Ainsi au monastère de Scarnsea, l'un des commissaires envoyés par Cromwell pour obtenir la reddition de l'abbé qui signerait l'arrêt de mort de l'abbaye est lui même assassiné, alors que des pratiques sataniques sont constatées dans la chapelle.
Matthew Shardlake, un nouvel émissaire est donc envoyé sur place afin d'élucider les mystères de cette abbaye. Mais, plus le juriste accompagné de Mark son assistant s'efforceront de comprendre, plus les morts étranges s'accumuleront. Il lui faudra alors remonter au cœur d'un secret d'Etat : l'exécution de la reine Anne Boleyn pour un prétendu adultère afin de résoudre l'énigme.

C'est dans ce cadre austère, que C.J. Samson construit une intrigue habile autour du commissaire Shardlake, un honnête homme, qui au fil de sa mission découvrira le doute, le double jeu de ceux en qui il croyait, Cromwell au premier plan. Il s'apercevra également que le bien n'est pas seulement du coté de la légalité, et que certains " papistes " peuvent se révéler plein d'humanité, tel le frère Guy infirmier, soupçonné un moment, comme tous les habitants du monastère.
L'auteur décrit des personnages tous habités, soumis à une passion : l'amour, l'argent, plus rarement Dieu ou la loi, dans un premier roman au rythme soutenu.
L'humanité du commissaire Shardlake, homme profondément malheureux, de surcroît bossu, irradie ce roman à l'ambiance glaciale, angoissante et se révèle tout particulièment dans un dénouement inattendu, presque réconfortant, bien que terrible.



 

Brigit Bontour