ENFERS FAMILIAUX

Virginie Brac
Double peine
Fleuve noir 209p.

par Brigit Bontour

Véra Cabral, psychiatre dans un centre qui gère les urgences est appelée un samedi soir à Fleury Mérogis alors qu'elle se rendait à une fête très guindée chez sa future belle famille.
Une fois sur place, la situation est terrible : une prisonnière, à huit jours de sa sortie détient en otage une surveillante et le bébé d'une codétenue. La surveillante sera sauvagement assassinée, le bébé sauvé par miracle. Mais là n'est pas le principal, et tout de suite Véra sent que quelque chose ne va pas : si Giselle Leguerche qui vient de purger une peine de dix ans pour le meurtre de sa meilleure et seule amie dix ans plus tôt, récidive à cette date et dans de telles conditions, c'est pour une seule raison : elle a peur de sortir de prison. Quelqu'un l'attend, ou quelque chose l'en empêche.
A Véra d'en découvrir les causes.
Pour cela, elle devra remonter jusqu'à la naissance de Giselle, rencontrer ses parents sinistres banlieusards aux attitudes louches. Comprendre la vie de cette fille terne qui n'aura qu'un seul amant, une seule amie. Le premier terroriste, la seconde assassinée par ses soins. Peut-être parce qu'elle seule avait découvert le mystère de Gisèle. Rencontrer Hakim, un policier algérien trop charmeur et efficace pour être vraiment inoffensif.
Naturellement la psychiatre tenace résoudra le mystère en allant très loin dans l'horreur. D'autant plus que sa vie privée n'est pas non plus de tout repos : Hugo l'homme idéal dont elle croyait être amoureuse se révèle sous son vrai jour : pleutre et plaintif, solidaire de son frêre trop brillant. Frère qui malgré sa réussite dans un grand groupe pétrolier tabasse sa femme jusqu'à ce qu'elle se suicide. Véra qui avait tout compris du calvaire de sa belle-sœur déclenche alors l'ire de sa belle-famille en demandant une autopsie. L'affaire qu'on aurait voulu taire éclate alors au grand jour en même temps que son couple vole en éclats.
Riche, vivant, imaginatif, le roman de virginie Brac révèle les turpitudes humaines de façon aussi plausible que désespérante. Car le facteur humain est sans cesse présent dans " Double peine " et l'identification au personnage de la psy n'est jamais loin, notamment à travers son attirance pour l'énigmatique Hakim, sa compassion pour Giselle Leguerche ou son désarroi lorsqu'elle s'aperçoit que son fiancé n'a plus rien qui puisse l'attirer encore.

 

Brigit Bontour