HARRY BOSCH EN PRIVE

Michael Connelly
Lumière morte
Editions du Seuil. 21 euros

par Brigit Bontour

Mis à la retraite, l'inspecteur Harry Bosch, héros des romans de Michael Connelly s'ennuie un peu et s'avère incapable d'oublier une histoire non résolue datant de quelques années. Le meurtre d'une jeune et jolie assistante de production, Angella Benton, assassinée deux jours avant que deux millions de dollars ne disparaissent du tournage sur lequel elle travaillait. En effet, le producteur du film avait exigé de vrais billets : " car quand on se sert d'argent faux, on joue faux ". Imparable. Tout comme l'avait été la disparition programmée du magot et la poisse entourant les inspecteurs chargés de l'affaire : quelques mois plus tard l'un d'entre eux était tué dans un bar, l'autre Lawton Cross, gravement blessé, réduit à l'état de légume dans un fauteuil roulant.
De plus, la trace de certains billets numérotés avait été retrouvée par une agent du FBI, Martha Gessler dans le probable financement d'une base d'Al Quaida basée au Mexique. Agent disparue depuis sans laisser de traces.
Trop d'indices, trop d'interrogations pour un Harry Bosch plus pugnace que jamais, même s'il a perdu les avantages du pouvoir de l'appartenance à la police. Ne lui restent plus pour l'épauler qu'un membre traqué du FBI et Lawton Cross prêt à coopérer mais visiblement persécuté. Par sa femme devenue garde-malade malgré elle, pense d'abord Bosch, avant de découvrir une vérité autrement plus sordide où le FBI d'après le 11 septembre peut tout se permettre, au nom de la sécurité intérieure et de la lutte contre le terrorisme.

Plus sensible, plus riche humainement, le personnage de Bosch semble gagner au fil du roman ce qu'il a perdu en pouvoir. Comme si désabusé par le contexte, il n'avait pour obsession, à défaut de ressusciter les morts, d' adoucir quelque peu les vies de ceux qui restent, aussi cassées soient-elles.

Le roman de Connelly, plus qu'un policier classique n'a de cesse de démontrer à quel point la lutte officielle pour le bien et la protection du citoyen américain débouche en fait sur des procédés innommables où la terreur peut déployer tout son champ d'action. Laissant libre cours aux plus bas instincts de flics pourris, de producteurs sans foi ni loi.

Seule lueur d'espoir, dans ce chaos, la première phrase du roman : " il n'est pas de fin aux choses du cœur ". Et c'est exactement la le message que Michael Connelly parvient à distiller à travers son personnage de vieux routier du crime, pas encore revenu de toutes les formes d'horreurs que l'esprit humain peut engendrer.


 

Brigit Bontour