L'HORREUR CONJUGALE

Douglas Kennedy
Une relation dangereuse
Belfond 20,50 euros

par Brigit Bontour

La vie de couple vue par Douglas kennedy, dans laquelle se mêlent trahison, terreur et coups bas peut donner pour toujours, le goût du célibat à des âmes sensibles.

Une " Relation dangereuse " commence comme un Barbara Cartland : deux brillants journalistes, Tony un anglais, Sally une américaine, vieux baroudeurs de quarante ans qui ont couvert la quasi totalité des guerres de la planète tombent fous amoureux l'un de l'autre.
De plus dès la première page, Tony sauve la vie de Sally au cours d'une guérilla en Somalie…. C'est dire si le lecteur semble avoir perdu le Douglas Kennedy qu'il apprécie : raconteur d'histoires abracadabrantesques aussi efficaces que terrifiantes.
Là rien de tel : Sally tombant enceinte très rapidement, les deux tourtereaux s'installent à Londres où l'on offre opportunément un poste en or à Tony tandis qu'elle gère l'intendance.
Heureusement, pour l'addict de Kennedy, la vie quotidienne prend très vite le dessus sur la romance : trouver une maison à Londres est mission presque impossible à moins de s'endetter sur plusieurs générations ; les anglais drapés dans leur dignité ne comprennent rien à Sally L'Américaine. Il pleut tout le temps, elle ne connaît personne, sa maison est un taudis.
Folle de solitude, malade comme un chien avec sa grossesse qui se passe on ne peu plus mal, elle ne supporte pas l'arrogance des médecins londoniens.
Pendant ce temps son mari s'ennuie à mourir dans son job de chef de service et part très vite en séminaires ou rencontres diplomatiques à l'étranger. Tout du moins est ce la version officielle qui laisse à Sally de très mauvais pressentiments et la certitude d'avoir commis l'erreur de sa vie en devenant femme au foyer.

L'accouchement décrit avec une précision apocalyptique est une horreur. Le bébé reste entre la vie et la mort pendant plusieurs jours et la jeune femme s'offre une dépression post natale qui l'amène aux portes de la folie : " mon enfant va mourir et je m'en fiche " dit-elle dans un accès de désespoir. Phrase terrible qui ne tombe pas dans l'oreille d'un sourd, mais dans celle de son mari, devenu son pire ennemi qui n'attendait que cette occasion pour la faire passer pour folle et kidnapper l'enfant.
Jusque là le cauchemar est total, mais resterait banal si la résistante Américaine ne réussissait à mettre à jour le complot dont elle semble avoir été la victime depuis leur rencontre de conte de fée. Car dans ce roman à plusieurs niveaux de lecture, le prince charmant s'avère un ogre contemporain plus soucieux de s'offrir une mère porteuse que de dévorer de jeunes enfants.

Cependant le diabolique Douglas Kennedy qui n'a rien perdu de son pouvoir de nuisance n'impose pas sa vision des choses, préférant laisser le choix au lecteur quant à la personnalité de son héros : Est-il seulement une caricature d'anglais pur souche, très réservé, dégoûté par la maternité, un intellectuel certes pas très fidèle ; ou au contraire un des pires manipulateurs que la Perfide Albion ait jamais connue ?

Naturellement il a sa petite idée qu'il a l'élégance de ne pas dévoiler tout à fait.

 

Brigit Bontour