MAUDIT TUNNEL

Laurence Cossé
Le 31 du mois d'août
Editions Gallimard
16 euros

par Brigit Bontour

Lou avait une fiat Uno blanche, qu'elle conduisait dans le tunnel de l'Alma la nuit du 31 août 1997 quand une Mercedes noire lancée à une vitesse folle l'a heurtée. Elle s'en est tirée sans dommages physiques et est rentrée chez elle un peu secouée.
Tel est le parti pris de Laurence Cossé à partir de la voiture recherchée par toutes les polices de France après la mort de la Princesse de Galles. Car cette voiture existe. Il y a bien quelqu'un qui la conduisait, des proches qui étaient au courant. Forcément. C'est donc Lou, cette jeune femme à la vie banale que l'auteur imagine au volant. Lou qui a paniqué, ne s'est pas arrêtée, ne s'est pas présentée aux autorités, mais dont la vie va pourtant basculer.
Car elle est folle d'angoisse à l'idée qu'un radar l'ait flashée, que son compagnon remarque la voiture accidentée et pose des questions. Que le garagiste à qui elle la donne à réparer fasse le rapprochement et la dénonce. Mais à son plus grand étonnement, rien ne se passe malgré la panique qui la détruit à petit feu. Car les médias ne cessent de parler du drame sans pourtant évoquer l'implication d'une deuxième voiture. Il leur faudra trois semaines avant d'avoir connaissance d' une Fiat Uno blanche qui aurait provoqué l'accident en roulant trop lentement. Trois longues semaines où Lou ne pense qu'à cette nuit fatale, se jette sur les journaux à l'heure de leur parution. Trois semaines insupportables où son compagnon remarque qu'elle a changé en datant très précisément ce changement : " Tu as changé subitement, je peux même te dire quand. Ca date du jour de l'accident de Lady Di ".
Alors le piège se referme, elle est sûre qu'elle va être arrêtée, mise en prison, pire peut-être même. Car dans ses fantasmes, elle a carrément tué une princesse. Elle s'enfuit, quittant son travail son ami, sa maison, changeant même de nom pour entamer une errance qui la mènera jusqu'à l'impensable pour une jeune femme sans histoire. Modifiera sans s'en apercevoir son apparence jusqu'à ressembler à la princesse défunte. Fera un pied de nez aussi involontaire que drôle aux autorités sensées poursuivre la conductrice de la Fiat Uno.

Le roman de Laurence Cossé est constitué de minuscules avancées, de petits détails significatifs où les non-dits et la terreur avancent masqués, détruisant insidieusement le cours d'une vie. L'héroïne se construit sa propre tragédie, son enfer personnel, de l'intérieur, petit à petit. Comme si cet incident, sa présence ce soir là sous le pont de l'Alma n'était que le révélateur d'un malaise plus profond, lointain. Que son désir de bousculer sa vie était latent, attendant la moindre occasion de se manifester.
Dans son livre au suspens quasi subliminal mais efficace, l'auteur démontre que la peur d'un événement est bien pire que sa survenue.

 

Brigit Bontour