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Alors
que l'héroïne du récit, son mari et sa fille
partent sans entrain en vacances chez des amis, une rencontre
sur une aire d'autoroute va faire basculer leur vie trop tranquille.
Pour
qui n'apprécie pas les vacances entre amis, avec excursions
obligatoires, courses en commun et progénitures à
gérer, ce livre tombe à pic.
Il va même beaucoup loin que le cauchemar enduré
par beaucoup ; de la maison de vacances donnant sur la ligne
de chemin de fer à celle dont la déco est à
hurler.
Dans " Amitiés " , premier récit de
Michèle Astrud, publié par une jeune maison d'édition
bretonne, Entre-pont ; tout part en vrille dès le début
: Au moment où l'héroïne doit partir avec
son mari Olivier et sa fille Chloé rejoindre des amis
en vacances à l'île dOléron, un orage d'une
violence inouïe dévaste la maison qu'ils viennent
juste d'acquérir. Celle-ci prend l'eau de toute part
au point que l'héroïne n'a plus du tout du tout
envie de partir.
En fait, cette averse remet en cause le fragile équilibre
du couple, trop lisse, trop banal qui n'attendait en fait qu'une
bonne raison d'imploser. Cet orage n'est que le révélateur
d'un malaise beaucoup plus profond.
Il ne faudra que quelques lignes pour que le beau scénario
du départ en vacances vole en éclat : une aire
d'autoroute où un jeune couple, elle, Anna, enceinte
jusqu'au yeux, lui, Alain, inquiétant au possible, leur
demande de partager leur table de pique-nique. Impossible évidemment
de refuser, et très vite, trop vite, sans même
consulter leurs compagnes, les deux hommes décident de
faire route commune. Puisqu'ils vont dans la même direction,
pourquoi ne pas se suivre ?
MANIPULATIONS EN TOUS GENRES
Il ne sera plus question à partir de ce moment que de
manipulations sexuelles ou mentales, de bizarreries inquiétantes,
de cauchemars sans nom.
Un accident les force à passer la nuit dans un village
inconnu. Anna la jeune femme enceinte s'y révèle
à la fois victime et manipulatrice, s'offrant en plein
air à sa nouvelle connaissance sous les yeux bienveillants
de son mari au milieu d'une assemblée d'hommes goguenards
; ou encore l'incitant à prononcer une phrase magique
destinée à déstabiliser tous ceux qui l'entendront.
Imparable la phrase.
Le lendemain , étrangement, heureux et tristes d'être
débarrassés de leurs encombrants compagnons ,
les trois voyageurs finissent par arriver chez leurs hôtes,
mais l'accueil est aussi glacial que possible. L'ambiance est
lourde, hostile. Le déjeuner sera composé de trois
tomates, de six tranches de jambon et de pain sec. Pour six
personnes.
Le début du séjour est un cauchemar où
personne n'a rien à se dire, pas plus qu'à offrir
à l'autre. Dès le deuxième jour, la question
se pose cruciale et énorme, bien que non formulée
: comment occuper cette journée ?
Et là, par ce matin gris et déjà plombé,
réapparaissent les trois protagonistes du cauchemar de
l'autoroute. Alain ayant pris soin de voler le carnet d'adresses
d'Olivier avant de le quitter pour ne plus les lâcher.
Amitiés est un récit sur les failles de l'amitié
: les petites mesquineries, les grands mensonges. Une fiction
qui pose les vrais problèmes des relations entre adultes
où interfèrent les intérêts, les
renvois d'ascenseurs, les apparences à sauvegarder, que
la promiscuité des vacances met à mal. Il s'agit
d'une description terrible de l'amitié entre adultes
mercantile, si loin des pures amitiés enfantines.
Naturellement, l'auteur force le trait en mettant en scène
des personnages dérangés, sans chaleur, d'un égoïsme
forcené, et le climat de ce texte aussi étrange
qu'envoûtant n'est pas loin de rappeler l'atmosphère
du film " Harry un ami qui vous veut du bien ".
Ce tout premier récit, passé relativement inaperçu
est un coup de maître, violent et magistralement agencé.
D'autant que le mot récit laisse envisager l'hypothèse
d'une histoire vécue, d'autant plus glaçante que
s'il s'agissait d'un roman.
Brigit Bontour
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