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Dans
ce très court et premier roman, l'auteur décrit
l'horreur de l'anorexie et la fascination pour la mort de jeunes
gens qui n'ont que le tort d'avoir vingt ans et d'aller vraiment
mal.
O%
dégage une noire énergie, de sombres et brillantes
fulgurances autour d'une héroïne anorexique. Mannequin,
Priscille a son lexique très personnel, ou le mot crise
(d'anorexie) figure juste entre composite et cunnilingus, ou
Dieu est un pédophile puisqu'il a fait un enfant à
Marie, seulement âgée de treize ans.
Elle décrit avec une jouissance presque perverse la façon
de maigrir malgré tout, quand hospitalisée et
donc très surveillée, elle dort nue, la fenêtre
ouverte en plein mois de décembre pour perdre les quelques
grammes qu'elle a repris dans la journée. Ou encore égrène
son poids au fil de son book : ID, 42 kg, Défilé
pour Helmut Lang, 37kg, puis Polaroïd de l'hopital, service
de TCA ( Troubles du comportement alimentaire), 36 kg. La photo
est assez réussie constate-t-elle avec détachement.
Aucun détail morbide n'est épargné quand
elle évoque avec une fausse froideur le calvaire d'une
de ses comparses qui finira par mourir de ne pas pouvoir manger
: Après avoir avalé deux boîtes de laxatifs,
celle-ci verra un bout de son intestin sortir en allant aux
toilettes.
Evidemment 0% n'est pas un roman réjouissant, mais l'héroïne
n'accuse personne de sa détresse : ni son père
qui voulant un jour tirer sur sa mère en plein dîner
avait retourné l'arme contre lui, ni le système
du mannequinat pourtant évoqué avec une violence
nerveuse et crue : ses castings pour rien, la lumière
des flashs qui brûle les yeux le temps de dix films pour
une seule photo, la rapacité des bokeuses et la terrible
rivalité entre les filles.
Le roman, écrit comme on regarde une vidéo avec
ses avances rapides, pause, lecture, ses insertions de mails
joue sans cesse sur les deux registres de la mort et de la crise
de la jeunesse. On ne pense pas vraiment à l'amour quand
à moins de vingt ans on vous pose un pace maker, que
sa meilleure amie se jette par la fenêtre sous l'effet
d'une drogue surpuissante et se retrouve amputée d'une
jambe à l'hôpital. Qu'un garçon filme le
viol d'une fille à qui il a administré préalablement
du GMH, la drogue du viol et dit tout simplement en guise d'épitaphe
: " vous pouvez pas imaginer c'que c'était étrange
de lui faire la bise le lendemain "
Tout comme le lecteur pris en tenaille entre répulsion
et fascination pour ces vies à peine commencées
et déjà brisées, Priscille n'a plus aucune
illusion et est persuadée que si la mort faisait des
pubs, elle irait aux castings.
Dans ce premier roman, l'auteur Franck Ruzé réussit
tout à la fois à émouvoir, énerver,
inventer une nouvelle façon d'être mal ou peut-être
seulement de l'écrire ce qui est déjà bien.
Et finalement en jouant sur ces différents registres,
à nous impressionner au sens photographique du terme.
En 125 pages aussi affûtées que les personnages
qu'il met en scène, ce court roman bouleverse et dénonce
une fois de plus le chaos du cap des vingt ans quand en plus
l'anorexie s'en mêle.
Brigit Bontour
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