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Dans
ce premier roman, un adolescent de banlieue jette toutes ses
forces dans la bataille de la vie et du travail dont il ne connaît
aucun des codes.
"
Dès demain, je cherche du boulot. J'vais bosser dur et
quand je serais cadre, tu pourras m'accrocher dans le salon
", affirme Hoch, un adolescent à sa mère
qui en a vu d'autres et n'en croit pas un mot. Pourtant le gamin
perdu qui a " des souvenirs à remplir toutes les
poubelles de la cité " va trouver un travail dans
une usine de mannequins. Pour l'entretien d'embauche, il met
une cravate vraiment superflue puisque son boulot consistera
à détruire les mannequins invendus. Précipiter
les corps de plastique devenus obsolètes dans un mixer
géant au troisième sous-sol d' une cave insalubre.
Pas exactement ce qu'il attendait mais bon, c'est toujours mieux
que continuer à zoner comme ses copains dans la cité
" c'est pour ma mère que je le fais " cherche-t-il
à persuader Flex son ami de toujours, incapable de comprendre
qu'il s'humilie dans un travail aussi dégradant et mal
payé, et a " maintenant sa propre histoire à
des années lumières de la mienne ".
Pourtant Hoch s'habitue, et même s'attache aux corps de
plastique, à l'un d'entre eux surtout : celui d'une femme
enceinte avec le bout des seins peints. Impossible de le balancer
dans la presse. Elle devient sa mascotte, presque sa raison
de vivre. Il lui parle, elle lui répond puisque ses copains
ne le font plus, qu'il ne fait plus partie de la " mille-fa
". " ça ment pas les frères de galères,
enfin ça ment mal ".
Ainsi va sa nouvelle vie, jusqu'au jour où se pose la
question, la vraie : " où est ce que ça foire
? "
Quelle est la goutte d'eau qui fait déborder le vase
? une pauvre femme qui vient quémander un rabais pour
un mannequin et ne l'obtient pas ? Ou l'arrivée de Bastien,
un nouveau, sympathique de prime abord, mais redoutable, car
il connaît les codes de la vie en société,
les bonnes manières. En quelques jours, très poliment,
il séduit Estelle, la débarque de la vie de Hoch
et renvoie celui dans les bas-fonds dont il avait tellement
cru pouvoir se sortir.
Le mal-être de l'adolescent revient alors, terrible, sournois.
Lui qui s'était mis à bosser, à écrire
" pour chasser la haine " claque la porte et retourne
zoner au centre commercial retrouver sa famille et sa devise
: " de la merde pour de la merde, autant y sauter à
pieds joints et éclabousser tout le monde ! ".
Si " moi non " est le premier roman d'un jeune homme
de vingt quatre ans, il n'est assurément pas le premier
livre sur la banlieue, ses misères, ses drames, son désespoir
sans fin, mais il est un des rares où foisonnent des
trouvailles d'une totale originalité : la destruction
des mannequins ; une irrésistible poésie où
le héros communique par des poèmes avec une inconnue
sur les murs d'un ascenseur pourri. Dans cette description croisée
d'ados totalement perdus qui à vingt ans regrettent déjà
leurs douze ans, aucun misérabilisme, de dénonciation
vaine, juste un constat d'échec que rien viendra tempérer.
Et puis il y a la mort qui affleure à chaque page ou
presque. La rage impuisante et dérisoire des mères
qui attendent leurs enfants jusqu'au bout de la nuit, les pères
qui démissionnent au fond d'une bouteille de mauvais
whisky. Paul un garçon de la bande qui disjoncte pour
de bon et la bataille finale qui hisse le roman au niveau de
la tragédie intemporelle.
Sans cesse le narrateur hésite entre la violence du verlan
et celle de la poésie, la vigueur des bastons et celle
de l'amour impossible. La haine de la vie qu'ont les adultes
de son entourage et qu'il sait bien être celle qui l'attend.
Moi non est un premier roman frais et désespérant
comme un beau texte de rap à l'indéniable poésie.
Brigit Bontour
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