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Personne
n'irait à priori enseigner de son plein gré dans
le 93. Pourtant Mara Goyet, une jeune prof démontre que
c'est possible, certes éprouvant mais quelquefois très
drôle.
Il
y a deux façons d'aborder ce témoignage d'une
enseignante du " 9-3 " : soit se prendre la tête
entre les mains et soupirer sur la fin des valeurs, de l'école,
du respect
.. la liste peut ainsi s'allonger à l'infini.
Soit le considérer pour ce qu'il est, c'est à
dire un petit livre habile, plutôt drôle, mais qui
en aucun cas ne se veut démonstration ou constat de l'éducation
en France en 2003. Tant d'autres, souvent moins expérimentés
que l'auteur qui est elle, en permanence sur le terrain s'en
chargent à longueur de colonnes de journaux ou de rapports
ministériels.
Dans " Collèges de France ", Mara Goyet narre
par le menu les journées d'un collège " défavorisé
", situé en Seine Saint Denis. Souvent ironique,
elle remet à plat et à leur place certaines habitudes
et vicissitudes d'un établissement où les deux
pivots principaux sont, en dehors des élèves,
la photocopieuse et la machine à café. Deux éléments
moteurs sans lesquels aucun lycée ne saurait fonctionner.
Elle n'oublie ni la craie ni l'estrade, autres fondamentaux
de l'institution. Raille le prof qui est là depuis trente
ans, ou la déléguée syndicale plus caricaturale
que nature . Cherche à expliquer à la principale
qu'un cours sur la Réforme n'intéresse pas les
élèves et s'entend répondre stupéfaite
: " mais la Réforme, ça ne leur dit rien,
Pourquoi ne faites-vous pas un cours plus proche d'eux, sur
l'art africain ?
Rapporte un cours où apprenant à des collégiens
ébahis que la majorité des musulmans de la planète
sont indonésiens, l'un d'eux lui demande si en Indonésie,
on fait le couscous avec du riz
Il y a beaucoup plus grave aussi : d'anciens résistants
viennent au collège à la faveur du traditionnel
concours sur la résistance et invitent les élèves
à une pièce de théâtre sur ce thème.
Il en résulte une heure et demie de chaos où les
gamins ne comprenant rien hurlent des obscénités,
trépignent. L'incident est si grave que les profs sont
en larmes, les résistants s'en vont, les acteurs refusent
de saluer
. Le lendemain les élèves s'excuseront
dans une pitoyable mise en scène digne du Loft. Et puis
il y a les anecdotes connues de tous ceux qui ont un jour enseigné
dans une banlieue difficile : l'élève de seize
ans au volant d'une voiture de grosse cylindrée flambant
neuve qui salue fièrement sa prof dans la rue
.
Il y a dans le livre de Mara Goyet, le pire, le meilleur et
l'incongru. Le pire comme le désarroi des familles et
des élèves ne maîtrisant pas les codes de
l'institution. Ainsi, cet élève d'origine africaine
venant avec un couteau de cuisine dans son sac. Exclu, mais
un jour seulement, parce-qu'en Afrique le port du couteau est
un signe de virilité et que punir ce gamin serait castrateur.
Le meilleur : le miracle qui fait que cette institution fonctionne
encore à moitié, que chaque année des jeunes
titulaires du CAPES acceptent d'entrer dans la cage aux fauves
pour juste un peu plus que le SMIC et la certitude d'être
envoyé le plus loin possible de leur région d'origine.
Et l'incongru : les élèves souvent plus attachants
qu'on ne veut bien le dire, à l'instar de ce gros dur
qui ne décroche jamais un mot ni un sourire sauf une
seule fois où il appelle son prof " maman "
à l'hilarité générale du groupe
; ou encore la préoccupation d'une classe entière
à l'idée d'aller visiter Versailles, au seul motif
qu'ils n'ont rien de correct à se mettre pour aller au
château.
Naturellement
ce n'est pas Mara Goyet qui apportera le début d'une
réponse au malaise réel de l'institution Education
nationale, mais peut-être donnera-t-elle quelques raisons
de ne pas désespérer tout à fait parents
et élèves. Un peu comme si, considérant
que les choses ne pouvant être pires, elles iront en s'arrangeant.
Brigit Bontour
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