TANT A PARDONNER

Romain Sardou
Pardonnez nos offenses
XO Editions 378 pages

par Brigit Bontour


En 1284, par un hiver terrifiant où sévissent " les froidures du diable ", Romée de Haquin, un évêque est assassiné. A Draguan, dans ce diocèse du bout du monde près de Toulouse se développent alors rumeurs, terreurs et superstitions. En effet ce meurtre fait écho à trois autres crimes tout aussi mystérieux perpétrés un an plus tôt à quelques kilomètres de là dans un village si mystérieux qu'il ne figure même plus sur aucune carte.
A Heurteloup le village maudit oublié de tous, subsiste dit-on le virus de la peste. L'église y est en ruines et les habitants redevenus à l'état sauvage. C'est dire si personne ne s'y aventure et y courent les légendes les plus terrifiantes. Personne, sauf un jeune prêtre obstiné, Henno Guy qui veut ramener les hommes à la foi chrétienne et comprendre le mystère de cette contrée rayée de la carte du monde de Dieu qui au moyen âge se confond avec celle des humains.
Son enquête politico-religieuse l'emmènera jusqu'au vatican, lui permettra de démontrer comment en ce treizième siècle les hommes commencent à croire que tout n'est pas d'origine divine, que la médecine peut sauver des vies et que les femmes s'initient au pouvoir en l'absence des hommes partis aux croisades.
Dans ce roman captivant, passent des moines fous et corrompus, des héros, des figures attendrissantes. Certaines scènes sont insoutenables de réalisme et d'imagination comme celle où un moine convoyant le cadavre de l'évêque va le réduire à l'état de squelette afin de pouvoir rentrer à Paris sans que l'odeur de décomposition du corps ne l'en empêche.
Ou encore les scènes de torture infligées au fils d'un grand du royaume coupable d'avoir dévoyé la religion par la création d'une secte quasi satanique.
Le premier roman mi-policier, mi-historique de Romain Sardou que le milieu littéraire attendait au tournant, est une réussite totale. D'une érudition étonnante, d'une imagination inouïe, il parvient à conserver le suspens de bout en bout sans que jamais le lecteur ne se doute du dénouement.

 

Brigit Bontour