LA FAIM : ULTIME ARME DE GUERRE

La faim
Helen Dunmore
Editions Belfond 353 pages.

par Brigit Bontour


Au tout début du livre d'Helen Dunmore, " La Faim ", le printemps russe est plus beau que jamais : la nuit est brève comme un frôlement d'aile, rien qu'une heure d'étoiles dans un ciel qui demeure d'un bleu tendre et profond. Personne ne dort "
Durant le premier tiers du roman, l'auteur décrit le visage d'une Russie idyllique comme si les gens et la nature exhalaient le bonheur à l'état pur et profitaient des derniers instants de vie qui leur restaient.
Car malgré tout la guerre est là. Le père d'Anna, la jeune héroïne, hier écrivain et traducteur adulé est devenu infréquentable : sans travail, sans avenir. La jeune fille doit les faire vivre, son petit frère et lui grâce à son travail dans une crèche, loin de ses rêves d'adolescente.
Et puis très vite, les intentions des Allemands se précisent : " le führer a décidé d'effacer la ville de Saint Petersbourg de la surface de la terre. Le problème de la survie de la population et de son ravitaillement est de ceux qui ne peuvent ni ne doivent être résolus par nous " affirment-ils dans une note officielle.
Difficile d'être plus clair. Bientôt, il ne restera plus que deux raisons de mourir : les obus et la famine. Le froid aussi, terrible : la précieuse bibliothèque du père servira à réchauffer et faire du thé avec des vieux morceaux de cuir trempés dans l'eau.
C'est le désespoir le plus total : " quels mots de réconfort prodiguer à la mère d'une enfant de dix ans qui vient de mourir ? ".
Heureusement il y a l'amour qui unit Anna à Sergueï et témoigne de la force vitale qui reste aux humains quand tout a disparu, sinon l'obsession constante de la faim et que la moitié de la population de la ville meurt dans des souffrances indescriptibles.
Helen Dunmore, écrivain américain décrit avec érudition, force et émotion le blocus de Léningrad, moment occulté de la seconde guerre mondiale. Difficile parfois d'oublier qu'elle n'est pas née de l'autre côté de l'Oural, tant elle décrypte et magnifie l'âme russe.

 

Brigit Bontour