JUSQU'AU BOUT DE LA PEUR

Jean-Christophe Grangé
L'Empire des loups.
Albin Michel 456 pages

par Brigit Bontour


" Tout avait commencé avec la peur, tout finirait avec elle " prévient la quatrième de couverture de " L'empire des loups ", le nouveau roman de Jean-Christophe Grangé. L'avertissement s'avère d'une grande faiblesse tant le roman s'envole très vite dans l'horreur la plus absolue, la barbarie sans nom.
Au début pourtant tout va bien ou presque : Anna une jeune femme, plutôt BCBG, épouse d'un haut fonctionnaire souffre d'hallucinations, de pertes de mémoire : elle reconnaît tout le monde sauf son mari. Alzheimer ou maladie tout aussi réjouissante pourrait-on penser si on n'était dans un livre de Grangé. Car naturellement Anna va s'apercevoir très rapidement que sa propre réalité dépasse de très loin les pires fictions. Elle se rend compte qu'elle a subi des opérations de chirurgie esthétique très lourdes. Mais où, quand, pourquoi : elle n'en a aucun souvenir. Ces opérations sont d'autant plus étranges qu'elles ont probablement été réalisées sous l'égide d'un savant plus ou moins fou travaillant pour l'armée.
Pendant ce temps, trois jeunes femmes d'origine turques, esclaves dans des ateliers de couture clandestins sont retrouvées mortes, atrocement mutilées dans la " Petite Turquie ", surnom donné au dixième arrondissement de Paris. Un jeune flic, Nerteaux complètement dépassé par les évènements va alors faire appel à un vieil inspecteur Schiffer mis à la retraite pour d'obscures raisons plus que louches. Connaissant le quartier et ses vieux trafiquants auprès desquels Hitler lui-même ferait figure de scout, il va réussir à réunir les deux énigmes dans un maelström hallucinant de violence, d'érudition et d'imagination.
Tandis qu'Anna retrouve une mémoire qu'elle aurait préféré oublier à tout jamais, les deux inspecteurs vont démêler les fils d'une organisation d'extrême droite " Les loups gris " qui de Paris à Istambul déploie les pires facettes du mal : de l'esclavage, à l'art du lavage de cerveau, en passant par des fous se prenant pour Dieu, dépassés par les créatures qu'ils ont crées.
L'histoire magistralement menée est écrite avec autant d'élégance que de fulgurance.
Certaines scènes se déroulant au Père Lachaise ou dans un yali, en principe havre de paix donnant sur le Bosphore mèlent violence extrême, beauté immémoriale. Une fois de plus le lecteur reste figé devant le savoir-faire et la classe de Jean-Christophe Grangé.

 

Brigit Bontour