CRIMINELS SECRETS

Jean-Marc Roberts
Toilette de chat
Editions du Seuil
12 euros 122 pages.

par Brigit Bontour


Dans Toilette de chat, Jean-Marc Roberts se raconte beaucoup, affabule pas mal et offre un roman hors norme.


Ingénument, le lecteur pourrait croire qu'en atteignant l'âge mûr (cinquante ans l'an prochain), Jean-Marc Roberts avait décidé de faire le bilan de sa vie dans une belle auto fiction classique, fidèle, un poil hagiographique.
Or il n'en est vraiment rien dans cette toilette de chat, où il prend pour prétexte la mort d'un chat âgé de vingt ans pour raconter la vie d'un homme qui lui ressemble beaucoup. Il y parle de succès littéraires précoces : il a eu le prix Fénéon à 18 ans, le Renaudot à 25 ; d'une belle carrière d'éditeur : longtemps tête pensante du Seuil avant d'aborder les rivages du Mercure de France, il est maintenant patron de Stock. Beau parcours. Tout comme l'est sa carte du tendre plus qu'agitée : plusieurs mariages, pas mal d'enfants : pour désigner les plus petits il dit mes " enfants les plus récents ". Mélange un peu ses visites à son chat et celles à l'un de ses fils dont il est séparé de la mère.
Son père américain reparaît ainsi qu'un demi-frère. Sa mère, ancienne actrice que le succès a fuie est fidèle au rendez-vous, elle fut d'ailleurs le sujet d'un très beau livre " une petite femme ", il y a quelques années. Il y a aussi pêle-mêle dans ce roman des démêlés avec les banquiers provoqués par son goût du jeu et les factures de ses nombreuses familles. Des qualités hors normes, voire athlétiques : " je m'autosuçais très complaisamment depuis l'âge de vingt et un ans " .
Son personnage a un surnom : " le tueur en série de Saint-Germain-des-Prés ", parce que des gens sont décédés autour de lui : des attachées de presse, son ancienne patronne Simone Gallimard, d'autres se sont suicidés. Peut-être est-il responsable. On le dit et lui tourne le dos dans les cocktails. Peut-être pas. Il s'en fout un peu et fait un joyeux mélange des éléments vrais ou supposés de sa vie au fil de ses rendez-vous clandestins avec le chat Lala. Le " petit animal " comme il le dit si joliment est resté dans un appartement d'où il a déménagé, il vient le voir et lui raconte tout : ses joies, ses angoisses, son regret majeur : celui de ne pas être un grand écrivain : " Mes livres ressemblent à des tours de cabaret dit-il, je fais sortir des lapins d'un chapeau, au mieux des colombes, mais si peu de vérités. "
Ce qui est pure affabulation. Car s'il est vrai que ses livres sont des puzzles, presque des installations d'art moderne minimalistes, personne ne se risquerait à dire qu'il n'est pas un écrivain. Il en a l'œil acéré et la dent dure : " je ne déteste pas que les vieux. Aussi les gens de mon âge quand ils n'ont rien fait de leur vie. Que peser sur les autres ".
Il a le sens des raccourcis, des formules, ainsi dit-il en parlant d'un auteur : " le chat a disparu des photos : le passage de son maître chez Gallimard peut-être où les gens sont plutôt chiens ".
Dans toilette de chat, certains verront la description des mœurs un peu rudes de l'édition parisienne, d'autres un roman à clé, mais grâce à ce livre faussement déconstruit, tout en faux-semblants et tours de passe-passe, Jean-Marc Roberts va encore se faire des amis, mais surtout des lecteurs. Comblant ce vrai-faux cynique qui ne demande au fond qu'à être aimé.

 

Brigit Bontour