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Dans
Toilette de chat, Jean-Marc Roberts se raconte beaucoup, affabule
pas mal et offre un roman hors norme.
Ingénument, le lecteur pourrait croire qu'en atteignant
l'âge mûr (cinquante ans l'an prochain), Jean-Marc
Roberts avait décidé de faire le bilan de sa vie
dans une belle auto fiction classique, fidèle, un poil
hagiographique.
Or il n'en est vraiment rien dans cette toilette de chat, où
il prend pour prétexte la mort d'un chat âgé
de vingt ans pour raconter la vie d'un homme qui lui ressemble
beaucoup. Il y parle de succès littéraires précoces
: il a eu le prix Fénéon à 18 ans, le Renaudot
à 25 ; d'une belle carrière d'éditeur :
longtemps tête pensante du Seuil avant d'aborder les rivages
du Mercure de France, il est maintenant patron de Stock. Beau
parcours. Tout comme l'est sa carte du tendre plus qu'agitée
: plusieurs mariages, pas mal d'enfants : pour désigner
les plus petits il dit mes " enfants les plus récents
". Mélange un peu ses visites à son chat
et celles à l'un de ses fils dont il est séparé
de la mère.
Son père américain reparaît ainsi qu'un
demi-frère. Sa mère, ancienne actrice que le succès
a fuie est fidèle au rendez-vous, elle fut d'ailleurs
le sujet d'un très beau livre " une petite femme
", il y a quelques années. Il y a aussi pêle-mêle
dans ce roman des démêlés avec les banquiers
provoqués par son goût du jeu et les factures de
ses nombreuses familles. Des qualités hors normes, voire
athlétiques : " je m'autosuçais très
complaisamment depuis l'âge de vingt et un ans "
.
Son personnage a un surnom : " le tueur en série
de Saint-Germain-des-Prés ", parce que des gens
sont décédés autour de lui : des attachées
de presse, son ancienne patronne Simone Gallimard, d'autres
se sont suicidés. Peut-être est-il responsable.
On le dit et lui tourne le dos dans les cocktails. Peut-être
pas. Il s'en fout un peu et fait un joyeux mélange des
éléments vrais ou supposés de sa vie au
fil de ses rendez-vous clandestins avec le chat Lala. Le "
petit animal " comme il le dit si joliment est resté
dans un appartement d'où il a déménagé,
il vient le voir et lui raconte tout : ses joies, ses angoisses,
son regret majeur : celui de ne pas être un grand écrivain
: " Mes livres ressemblent à des tours de cabaret
dit-il, je fais sortir des lapins d'un chapeau, au mieux des
colombes, mais si peu de vérités. "
Ce qui est pure affabulation. Car s'il est vrai que ses livres
sont des puzzles, presque des installations d'art moderne minimalistes,
personne ne se risquerait à dire qu'il n'est pas un écrivain.
Il en a l'il acéré et la dent dure : "
je ne déteste pas que les vieux. Aussi les gens de mon
âge quand ils n'ont rien fait de leur vie. Que peser sur
les autres ".
Il a le sens des raccourcis, des formules, ainsi dit-il en parlant
d'un auteur : " le chat a disparu des photos : le passage
de son maître chez Gallimard peut-être où
les gens sont plutôt chiens ".
Dans toilette de chat, certains verront la description des murs
un peu rudes de l'édition parisienne, d'autres un roman
à clé, mais grâce à ce livre faussement
déconstruit, tout en faux-semblants et tours de passe-passe,
Jean-Marc Roberts va encore se faire des amis, mais surtout
des lecteurs. Comblant ce vrai-faux cynique qui ne demande au
fond qu'à être aimé.
Brigit Bontour
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