CRIMINELS SECRETS

Paule Constant
Sucre et secret
Gallimard

par Brigit Bontour


Que vaut la vie d'un jeune yankee, accusé de crime face à la bonne société sudiste figée dans ses convenances et ses mensonges ?


David Dennis qui attend depuis neuf ans dans le couloir de la mort est-il l'innocente victime d'une machination, ou bien au contraire le pervers sexuel qui a tué et mutilé une jeune fille vingt ans plus tôt ?
Tel est le dilemme de la narratrice, un écrivain français, invitée d'une université de Virginie. Au début pourtant, elle n'a pas d'autre objectif que d'écrire un roman sur le visage d'une femme qui se maquille pour assister à une exécution.
Mais " la réalité étant irrésistible ", elle se plonge à corps perdu dans la recherche de la vérité en rencontrant le supposé meurtrier et ses rares partisans : sa mère, une amie de celle-ci et une journaliste, pour vivre en leur compagnie les trois semaines qui les séparent de la date fixée pour l'exécution.
En se penchant sur le dossier, elle s'aperçoit qu'entre la version officielle et celle de Dennis, il y a un monde : d'un côté celui des notables d'une petite ville de Virginie qui cherche à protéger ses fils de bonne famille, devenus depuis le meurtre des hommes respectables ; ainsi que la réputation de Candice la jeune morte à la vie sexuelle agitée. De l'autre, celui de l'étranger, l'étudiant fauché venu du nord qui a accumulé faux pas et mensonges et ne peut qu'être le meurtrier. Lui pour qui rien n'a jamais été facile, à commencer par ses rapports avec sa mère qui avoue : " j'aurais du avoir des chiens, j'aurais du accoucher de chiens. Une femme devrait avoir le choix de ce qu'elle met au monde " ; son avocat ensuite, " qui n'aime pas le sang " et a répugné lors du procès à entrer dans les détails qui auraient pu sauver son client. Sa vie à la dérive, enfin qui plaide en sa défaveur. Elle va découvrir aussi que les compagnons très comme il faut du jeune homme qui lui ont fait endosser le crime étaient à leurs heures camés jusqu'aux yeux, et parfois anthropophages. Et surtout soudés au sein de leur caste dans une boucle infernale : l'étranger a " encaissé le crime et rendu l'innocence à trois fils de famille. En échange de quoi, les fils de famille ont rendu sa virginité à Candice ".
Le scénario de la culpabilité est presque parfait, et durant trois semaines, la narratrice va vivre l'attente, l'espoir, le désespoir, le dernier recours. En bref, le cauchemar de ce que doit être la vie d'un homme à la mort annoncée, celui aussi de ses proches qui saisissent le moindre espoir d'avenir.
Le livre de Paule Constant est poignant, comme une erreur judiciaire, vue de l'intérieur. Il a le goût désespéré de l'injustice et du malheur d'être né du mauvais côté de la barrière sociale.

 

Brigit Bontour