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Dans
un roman, très documenté, Françoise Chandernagor
raconte les trois années que le Dauphin, fils de Louis
VXI et Marie-Antoinette a passé au Temple. Prisonnier
aussi embarrassant mort que vivant, il est mort à dix
ans oublié de tous.
A l'origine du crime, qu'y avait-il ? Ni la haine, ni la réflexion,
ni la volonté. Il n'y eut que l'oubli et la bêtise,
mêlés à la peur et au règlement.
Cocktail détonnant qui provoqua la mort d'un petit garçon
de dix ans et trois mois. Après trois ans d'agonie.
Au tout début, il y eut la vie à Versailles avec
un père, une mère, l'admiration dévote
de tous. Puis très vite la mort, la tête de l'amie
de maman sur une pique, la mort de papa, celle de maman. Qu'il
ne sait pas mais devine. Puis l'enfermement : Coco un chien
qu'on lui donne et lui enlève, comme le reste, ses jouets,
ses livres ses vêtements. Il joue avec des fourmis, une
pendule qui finit par s'arrêter définitivement.
On cloue des planches sur sa fenêtre orientée au
nord. Pourtant il n'était pas seul cet enfant : il y
avait des dizaines voire des centaines d'hommes pour l'épier,
deux à tour de rôle pour le garder, un médecin
parfois. Mais comment ? Prisonniers eux-mêmes de leur
peur de l'échafaud, ils n'osaient rien, ni contre, ni
pour le petit prisonnier. Ni le laver ni l'habiller.
" Son lit est un monticule de crasse , de merde sur lequel
galopent des bestioles noires ".
Ses ongles sont si longs qu'il ne peut même plus dessiner
sur la buée des carreaux. Quand à ses besoins,
il les fait dans la cheminée, après qu'une grande
cuve dans laquelle il devait verser chaque jour le contenu de
son pot se soit remplie sans jamais être vidée.
Cachée derrière un paravent la cuve
.
C'est abominable, un enfant oublié, " ça
" devient bête, sale, autiste, " ça "
se balance toute la journée d'avant en arrière
sur sa chaise. " ça " oublie de parler. ça
devient pire qu'une bête et " ça " meurt,
mais plus grave encore, " ça " dérange
els gens. Son agonie affole pourtant, si sa maladie est passée
inaperçue.
Dans ce livre cauchemardesque, Françoise Chandernagor
écrit l'histoire du petit prince oublié avec acuité
et justesse. Il est juste mort d'être né dans la
mauvaise famille, au mauvais moment. Ce n'est de la faute de
personne. Juste de l'époque pour qui il était
aussi embarrassant vivant que mort mais qu'il ne fallait surtout
pas faire disparaître, pas plus que lui assurer des conditions
de vie décentes.
Horribles, apocalyptiques, ces descriptions, cet oubli, cet
effacement progressif d'un petit garçon plein de vie.
On en oublierait presque bouleversés par tant d'horreurs,
la réussite des portraits de Françoise Chandernagor
: la laveuse qui devine la vie des gens qu'elle ne rencontrera
jamais à travers leur linge ; la destinée du chien
Coco ou le bagout de Bengale, un cuisinier noir.
Mais surtout à la lecture de la Chambre, se pose LA question
terrifiante, embarrassante entre toutes : et nous, sous la terreur,
qu'aurions nous fait à la place des gardiens de l'enfant
?
Brigit Bontour
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