UN DROLE DE SHOW

Nicolas Fargues
One man Show
POL 238 p

par Brigit Bontour

Lucide et drôle, tel est Nicolas Fargues, un jeune écrivain de trente ans ayant croisé lors d'un petit boulot quelques stars télé et écrivains mondains qu'il croque allègrement dans " One man show, son deuxième roman.


Un petit macho français, écrivain vivant en province débarque par hasard dans le monde de la télévision pour y réaliser une improbable émission, puis s'envole aux Etats-Unis dans un but encore plus étrange et nébuleux. Naturellement l'histoire le rattrapera par le biais de l'effondrement des tours jumelles et le plantage annoncé de ses rendez-vous américains.
Tout ça pour ça pourrait-on dire….
Mais entre temps, quel plaisir, quelle jubilation tout au long de ces deux cent pages !
Christophe Hostier, le narrateur est plutôt satisfait de lui : il a du succès, une femme, des enfants et surtout, la " télé " l'a appelé pour lui confier une émission. La télé, ou plutôt Hazan, un animateur-producteur, directeur de " Proud Prod " comme on n'en fait plus, avouant à l'écrivain que " son bouquin lui prend la tête, mais que son idée l'intéresse.. "
Fier comme pas deux, Hostier va alors découvrir le monde du petit écran et ses vedettes, en général " plus petites, paraissant plus vieilles " qu'à la télé, surtout préoccupées de savoir si on les reconnaît. L'occasion de se livrer pour l'auteur à un name dropping éffrené. Naturellement son essai ne sera pas concluant : son émission ressemble à un mauvais essai micro de dix minutes, mais il en aura profité pour descendre Ardisson, et dire ce qu'il voulait.
A l'image de son roman d'ailleurs où il flingue aussi le monde des lettres avec la description d'une soirée littéraire hilarante. Où un écrivain qu'il a déja croisé lui vante les mérites gastronomiques et hôteliers respectifs des différents salons littéraires : Limoges, Brives… et lui enseigne la façon de se faire remplacer les tickets repas non utilisés.
C'est terriblement drôle et surtout très second degré. L'auteur n'a aucune illusion sur lui. Aussi fait-il dire à un de ses personnages " c'est complètement franco-français, mais vous renouvelez le genre. Moi je trouve ça marrant, ces longs dialogues complètement inutiles, ça en dit dix fois plus qu'une description ".
Ce qui est la critique la plus juste que l'on puisse lui faire. Car il est vrai que parfois, ses digressions sont si longues, qu'on perd un peu le but de sa phrase et de sa démonstration. Mais quel bonheur quand en deux phrases il évoque le devenir " D'Ilario Calvo, le chroniqueur Italien Donjuanesque de l'émission Union libre plus maigre, plus grand, moins beau et tout aussi antipathique qu'à l'écran " .
Quelle poésie quand il raconte sa première découverte de New York : " New York au mythe écrasant " ou encore "l'incomparable sensation de puissance de s'y retrouver enfin ".
Drôle, léger, mais juste : tel est le show de Nicolas Fargues, un vrai bonheur.


Brigit Bontour