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C'est
en effet la question posée par le livre de David Foenkinos,
qui partant de sa passion pour les oreilles des femmes écrit
un roman hilarant sans queue ni tête avec comme seul fil
conducteur le plaisir de lire.
Par
quel bout détricoter le livre de David Foenkinos "
entre les oreilles " ?
En effet, il est beaucoup question dans ce livre de tricot et
d'absurde. D'idées entremêlées les unes
aux autres sans la moindre logique ni cohérence.
D'une histoire qui tient par des bouts de ficelles - pardon
des morceaux de laine- puisque le tricot a une importance primordiale
dans ce qui devrait être une histoire et n'est qu'un joyeux
pataquès de rencontres, de personnages totalement déjantés
qui n'agissent que pour ne pas rester inactifs. A condition
évidemment de faire n'importe quoi.
Et de ce point de vue c'est plus que réussi. Déjà
il y a Alain le narrateur un rien étrange encore jeune,
mais pour qui la psychanalyse ne peut déjà plus
rien. Malgré tous ses efforts, il rompt avec une femme
dès qu'il n'aime plus ses oreilles.
Ensuite, il y a sa mère. Une femme admirable qui tricote
des tabliers -uniquement des tabliers- pour tout l'immeuble
et, hélas, décède, prématurément
d'un cancer en faisant promettre à son fils d'épouser
Eléonore, une voisine certes moustachue, mais pourvue
d'oreilles acceptables.
Dans l'intervalle, il s'éprend des jambes -seulement
des jambes - d'un inconnu nommé Jacob qu'il suit chaque
jour à la sortie du travail et finit par rencontrer puisqu'il
lui saute dessus à chaque fois qu'il le voit. Ils deviennent
les meilleurs amis du monde.
Et le roman déjà passablement détraqué
part en vrille, en tous sens comme un train fou lancé
à pleine vitesse. Certains passages méritent qu'on
s'y arrête " Il existe des nouvelles qui donnent
envie de prendre le train . Hériter de cent millions
suisses en fait partie ".
Millions dont ils héritent pour d'étranges raisons
avant que tous -Jacob s'étant marié- ne vivent
chacun, hommes et femmes de leur propre côté des
vies de saltimbanques au succès inouï, avant de
se faire ruiner par de nouvelles femmes, ou de récolter
une fiole de sueur d'Allemand
. Toutes aventures vécues
avant de retomber dans le tricot. Car: " Rien ne valait
le jour où j'avais acheté de quoi tricoter "
avoue Alain benoîtement après bien d'autres déboires
et délires en tous genres.
Il y a assurément deux lectures de ce roman : la première
consistant à dire qu'il ne s'agit que d'un fourre-tout
d'idées loufoques, abracadabrantesques qui ne tiennent
par rien, sinon l'étrangeté de l'auteur qui s'est
défoulé en écrivant ce qui lui passait
par la tête lors de trop longues heures de bureau ou de
week end passés en solitaire. La seconde, autrement positive
y verra certes un roman fantasque, bourré d'humour pas
toujours maîtrisé, mais ne se prenant surtout pas
au sérieux. Les personnages sont si imprévisibles,
l'histoire si jubilatoire que l'on pense parfois à Bobby
Lapointe dans la dérision pour la dérision.
Entre les oreilles est d'abord un roman, une histoire qu'on
se laisse raconter, comme suspendu aux lèvres de l'auteur
qui ne semble bouder ni son plaisir ni le nôtre.
Comme une parenthèse de non-sens dans une rentrée
littéraire un peu sévère.
Brigit Bontour
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