Nicolas Jones Gorlin
Mérovée
Editions Léo Sheer 222p.

par Brigit Bontour

 

Dans une des villes les plus glauques du 9.3, Montvermeil, un flic et un jeune beur vont s’affronter. Ils ont presque le même âge, mais pas du tout le même parcours. Jean est fils le de paysans Limousins assez « natures » tandis que le second Rachid a pour père un quasi fondamentaliste et deux frères dealers dont un est mort.
Mais alors que Jean a la possibilité de tirer sur Rachid dans un sous sol pourri, il va l’épargner et tomber amoureux. Ca tombe mal car s’il est une valeur dans laquelle les deux camps ennemis se retrouvent, c’est bien l’homophobie. Latente chez les flics, revendiquée dans la cité.
La vie des deux jeunes amants va devenir une course d’obstacles : contraints de se cacher à Paris tentant de s’éviter à Montvermeil, véritable mine urbaine avec ses rues aux noms bucoliques et sa cité des Bosquets, l’une des dix plus dangereuses de France.
Avec leurs initiales qui rappellent celles de Roméo et Juliette, l’histoire de Rachid et Jean est condamnée dès le début. Jean, garçon paumé va être enrôlé dans un groupe paramilitaire, Mérovée, dont la devise est Honneur, Puissance et justice et dont Raymond le chef est le portrait du père honni qu’il a fui.
Bien sûr, l’histoire va basculer dans l’horreur entre deux parties difficilement réconciliables de la société

Dans son troisième roman, Nicolas Jones Gorlin aborde tous les sujets sensibles de ce début de siècle : les flics qui, humiliés au quotidien prennent leur revanche en faisant justice eux-mêmes. Certains beurs qui de leur côté se livrent à tous les trafics, à commencer par celui de leurs familiers sans la moindre humanité. L’Etat est totalement absent, chacun gère ses conflits comme il le peut. Haine et violence sont érigés comme mode de vie. Personne ne s’en sort, surtout pas les deux jeunes amants qui auraient peut-être pu dans un autre contexte vivre leur amour : « je me dis qu’au fond si tout brûlait, on pourrait peut-être reconstruire un endroit où des mecs comme Rachid et moi pourraient baiser tranquilles ».
Vœu pieux, érigé en somptueux feu d’artifice funèbre par Nicolas Jones Gorlin qui revient cinq ans après la polémique suscitée par la publication de Rose bonbon. Roman mettant en scène un pédophile et qui lui valut des plaintes de la part des associations familiales.


Brigit Bontour