Beau rôle
Nicolas Fargues
POL 280p.

par Brigit Bontour

 

Héros d’un film « White stuff », Antoine Mac Pola devient connu du jour au lendemain. Pas célèbre au point de créer des émeutes, mais on le reconnaît dans la rue, il est la vedette des dîners. Pourtant, il tient à rester accessible, dans son rôle de monsieur tout le monde, trentenaire un peu vain que le temps commence à peine à marquer. Il reste simple, arrive à un dîner chez un ancien camarade de classe, avec simplement une bouteille de vin à la main mais satisfait d’être précédé par sa réputation.
Pourtant : c’est lui et lui seul que l’on écoute durant tout le dîner se livrer à un discours sur Soderbergh. C’est lui qui part avec la seule fille de la soirée, quitte à ne pas se souvenir de son prénom et bien sûr à s’enfuir comme un beauf parfait le matin venu.
Mais la célébrité a ses limites et l’acteur est bientôt aux prises avec sa réalité : celle d’un comédien limite seconde zone lorsqu’il rencontre la belle Aliénor Champlain, une actrice une vraie. La star va jouer avec lui comme il se joue des femmes qu’il rencontre et il n’aimera pas du tout. Toutefois, le vrai sujet du roman est celui du métissage. Le lecteur découvre qu’il est métis à la faveur d’un voyage auprès de son père dans les Iles imaginaires des Concordines, mélange probable de Comores et de Madagascar.
Lors de ce retour aux sources, la relative vacuité de l’homme laisse la place à des interrogations essentielles sur le rapport entre la France et les anciens pays colonisés, sur l’attraction que la métropole exerce sur la jeunesse, sur la misère des îles tropicales, la différence de comportement entre blancs et noirs. Les questions que se pose l’acteur sont fondamentales et lui donnent une épaisseur et un vécu d’une totale gravité à l’opposé de son personnage un peu nombriliste du début du livre.
Dans Beau rôle, Nicolas Fargues brosse une étude de mœurs féroce et réussie sur les vanités contemporaines, le vide du milieu du cinéma, le mal de vivre des trentenaires, mais aussi et surtout sur le métissage. Sujet complexe qui était déjà au cœur de son dernier roman Derrière toi et qu’il vit de près : Marié un temps à une Africaine il a deux enfants métis.
Auteur complexe et cosmopolite, il a grandi en Afrique et au Liban, dirigé l’Alliance Française à Madagscar alors qu’il venait d’être choisi par Chanel pour être le visage d’un parfum, Nicolas Fargues n’est jamais là où on l’attend. Mais demeure un témoin discret et talentueux de la vie perturbée de ses contemporains, noirs, blancs ou métis.

Brigit Bontour