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Un
pédophile imaginé de toutes pièces par
son auteur met en émoi les bonnes consciences rétives
à l'humour noir.
Deux
livres sur le thème de la pédophilie ont fait en
cette rentrée littéraire la joie des censeurs de
tous poils et agitateurs de toutes sortes qui ont trouvé
là matière à s'empoigner. Rituel somme toute
assez répandu aux alentours du Flore en septembre.
Or les deux romans, mis à part leur thématique proche
n'ont absolument aucun rapport : le premier, « Rose bonbon
» de Nicolas Jones Gorlin publié chez Galimard est
un livre bourré d'humour corrosif.
Simon son personnage principal est certes un pédophile
détestable mais le livre est bien construit, bien écrit
et finalement plutôt moral (dans une acception extrêmement
large de cette notion !).
Le second au contraire, « Il entrerait dans la légende
» de Louis Skorecki est un catalogue éprouvant des
mille et une façons de violer puis de tuer des fillettes
des femmes ou des petits garçons. Certains critiques ont
pour justifier le roman fait appel aux mânes de Sade ou
de Georges Bataille. Ecrit en 2323 séquences répétitives,
il évoque pourtant plus un manuel destiné à
la formation des garçons bouchers qu'au vaste poème
onirique que certains ont voulu y voir.
Toutefois dans l'un ou l'autre cas, il ne s'agit que de romans,
d'oeuvres de fiction qui comme bien d'autres avant elles ont fait
scandale sur des thèmes sensibles. Aujourd'hui la pédophilie,
il y a un siècle et demi, l'adultère avec Flaubert.
La liste serait interminable et l'essentiel est que ces romans
soient publiés, lus et jugés par des lecteurs adultes
et libres.
A
propos de Rose bonbon, LE roman scandaleux de la rentrée,
il peut paraître judicieux de ne plus s'arrêter
sur la polémique qui risque de nous mener au moins jusqu'à
Noël et d'y répondre définitivement de façon
drastique. Un roman par définition uvre de fiction
et non pas témoignage des turpitudes de son auteur ne
peut pas être interdit. A moins de basculer dans le totalitarisme
ou de vouloir se donner bonne conscience à moindre frais.
En effet, beaucoup de ceux qui ont prôné son interdiction
ont avoué avec une ingénuité certaine ne
pas l'avoir lu !
Et c'est franchement dommage. Car une fois passée la
stupeur et l'écurement des premières pages
: le viol d'une fillette et le tabassage de sa mère par
Simon, un pédophile, le roman est d'un noir talent bourré
d'humour
L'histoire
est avant tout burlesque et de plus en plus déjantée
au fur et à mesure de son déroulement. Loin d'être
un serial pédophile organisé, Simon est avant
tout un malade, un paumé qui part dans tous les sens.
Ce qui ne dédouane en rien le personnage.
Après le viol de la première enfant, Dorothée
qui l'a fait exploser : "Dorodynamithé", et
le tabassage de la mère, Simon a le choix entre la prison
et un improbable programme de réinsertion.
Choisissant le second il devient Jack'o , le clown symbole d'une
chaîne de fast food
et parvient à ne plus
toucher aux fillettes
Du moins avec ses moyens très
approximatifs. Mais tout va basculer lors d'un jogging où
il se fait à sa grande honte dépasser par un vieux
d'au moins soixante ans : "Sean Connery dopé à
la drogue anti-vieillesse " et se prend un chêne
au moins centenaire en pleine figure.
Plein de sollicitude, le " Vieux " comme il ne l'appellera
plus jamais autrement, le raccompagne chez lui en discutant
de Blanche neige, d'Alice au pays des merveilles, et de certains
mots justifiant à ses yeux la pédophilie. Des
mots comme ethnies, rites, culture, judéo chrétien
..
Ce Vieux est doté d'un magnétisme insupportable.
Assorti du compte en banque idoine. Avec lui tout est possible
: acheter un petit garçon pour un quart d'heure au restaurant
à ses parents, le père faisant lui-même
le guet devant la porte des toilettes.
Faire de Simon une grande vedette de music hall adulé
des enfants, lui faire rencontrer un juge pédophile qui
" peut égarer son dossier "..
Grâce
à son brio, son argent, sa prestance, il peut tout faire
pour nouvel ami. : lui trouver un nom de scène : Dany
King, un garde du corps : Charles de Gaulle Etoile, le faire
trimer comme un malade, et devenir star d'une improbable comédie
musicale.
Le deal ne comporte qu'une seule condition, et pas la moindre
:Simon ne devra jamais toucher à Rose la nièce
du Vieux âgée de sept ans.
Evidemment c'est là que le bât blesse, Simon prend
un jour un bain fatal avec Rose, et lui qui était devenu
Dany King le roi redevient Simon, une merde.
Il perd tout, retrouve sa photo en une d'un journal people avec
le titre : " les stars sont-elles pédophiles ?"
Le vieux lui conseille de se mettre au vert un moment, le raccompagne
à sa caravane encore plus pourrie qu'avant. Du jour au
lendemain, Il ne peut plus personne, et découvre aux
informations, Travis le jeune homme que le Vieux a engagé
pour reprendre son rôle dans leur spectacle.
Simon ne pense plus qu'à se venger. Il y parviendra grâce
à un malheureux scout qui n'avait rien demandé.
Le final sera d'un humour d'apocalypse : Pour laver l'affront,
Simon présentera au Vieux, le jeune scout, "un elfe
à tunique verte truffé de TNT et d'une GDEF, grenade
directionnelle à Explosion Faciale". "Après
la femme fatale, le scout létal, Le petit Lu qui fait
boum" !"
Evidemment ni le Vieux ni le scout ne s'en sortiront. Pas plus
que Simon au destin plus funeste encore puisqu'il finit écrasé
par une statue de femme de deux cent kilos. Les médecins
ont beau le découdre de la statue, il reste paralysé
à vie sur son lit d'hôpital. Y-a-t-il plus horrible
destin pour un pédophile d'être attaqué
et anéanti par une femme, fut-elle en bronze ?
Il devient, dit-il "une uvre d'art immobile".
Formule saisissante s'il en est qui fait le charme sulfureux
de ce livre bourré de trouvailles stylistiques : quand
il rencontre un pâtissier qui fabrique des scouts en pâte
d'amande (taille réelle, détail important) , il
parle d'un "alter pedo", ou encore un peu plus loin
note : "pedo un jour, pédo toujours".
Quand un enfant s'acharne (et réussit) à sodomiser
un caniche avec une branche d'arbre au square, le tout sous
les yeux de la mère, il décrit le sourire de celle-ci
comme "acheté à l'église".
Evidemment
le sujet du roman est épouvantable, mais le rôle
du romancier est aussi et surtout de dénoncer les travers
de la société et la pédophilie en est un
des plus abominables. Alors comment mieux décrire l'horreur
qu'au second degré et avec humour ? La nausée
ne quitte jamais le lecteur mais l'histoire est si bien construite,
si logique, jusqu'au dénouement final que le livre ne
dépare absolument pas dans la prestigieuse collection
Blanche de Gallimard qui l'édite.
Preuve en est qu'il y a parfois, même dans les romans
les plus pervers et décriés une morale d'une justesse
à mourir de rire puisque rappelons-le ce livre n'est
qu'un roman, mais un excellent roman dérangeant et révoltant.
Le contraire d'une uvre mièvre.
Brigit Bontour
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